J'ai été Johnny Thunders

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Roman - Noir

J'ai été Johnny Thunders

Musique - Drogue - Trafic MAJ mercredi 09 mars 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Carlos Zanón
Yo fui Johnny Thunders - 2014
Traduit de l'espagnol par Olivier Hamilton
Paris : Asphalte, mars 2014
322 p. ; 20 x 15 cm
ISBN 978-2-918767-58-9
Coll. "Asphalte noir"

Dr. Jekyll et Señor Hyde

Avec J'ai été Johnny Thunders, Carlos Zanón adapte à la sauce barcelonaise Dr. Jekyll et Mister Hyde en montrant les deux facettes de son héros ordinaire, Mr. Frankie alias Francis, dans un univers fait de nuits blanches, de drogue, d'alcool, de rock et de petites combines.
Mr. Frankie, c'est un homme qui a presque eu tout ce qu'il voulait : du fric, de la drogue, des femmes, des enfants et même une petite renommée en tant que guitariste de rock. Mais à cinquante ans révolus c'est surtout un junkie sans toit ni loi dont le fait de gloire restera à jamais d'avoir joué dans un concert minable avec un Johnny Thunders plus déglingué que lui ne le sera jamais (et pourtant il va y mettre du cœur...).
Rappelons au passage que Johnny Thunders est un personnage de légende. Guitariste des New York Dolls et fondateur des Heartbreakers, il a été retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel à La Nouvelle-Orléans. La police a bâclé l'enquête et a conclu à une mort par overdose alors que la veille il avait signé un juteux contrat et qu'une mallette d'argent et sa réserve de méthadone avaient disparu. Ajoutons que la dernière fois qu'il a été vu, c'était en compagnie de ses voisins de chambre. Johnny Thunders n'avait pas quarante ans. La légende, quoi !
Retour au bercail, donc, pour Francis. D'entrée, c'est moins glamour. L'appartement de son père, Paco, sent le vieux et la mort. D'ailleurs, sa mère est morte à Francis et Paco se meurt. C'est un beau salaud Paco. Du genre à avoir abusé de Marisol, une véritable fille de pute, enfin une enfant de prostituée, que la famille avait hébergé et que lui, Paco, dès qu'il en avait l'occasion, reluquait, caressait et violait tout en se disant qu'il l'aimait d'un amour tendre et pénétrant (pour la pénétrer, il la pénétrait). Marisol, elle, était amoureuse de Francis. Mais Francis avait fini par partir et briser son rêve. Alors Marisol avait elle aussi fini par partir. Francis est revenu et avec lui c'est tout un tourbillon sordide qui resurgit.
Vous le constaterez, Carlos Zanón aime sans nul doute les personnages tourmentés, et dans cette histoire il ne va pas se gêner pour les tourmenter. À mesure que ses protagonistes apprennent à se détester encore plus et à détester Barcelone, on comprend que chez le romancier c'est l'effet inverse qui opère. Lui, aime cette ville et ces personnages qu'il tourmente. Francis, élément déclencheur du chaos, cherche une rédemption et il est sur le point de la trouver quand soudain il pète les plombs. Pourtant, il retrouve un boulot pas trop malhonnête, il se découvre un fils, Victor, qu'il apprivoise peu à peu, il flirte même avec un amour de jeunesse et il se jure qu'il va pouvoir payer ces pensions qu'il doit à la mère de ses deux enfants. C'est donc là que tout bascule en compagnie de Marisol, de son amant par intérêt, le mafieux Damián, et de son amant de cœur, Xavi, le lieutenant de Damián... Dure équation géométrique que celle du triangle amoureux. Est-ce utile de dire qu'aucun d'entre eux n'en sortira indemne ? Ce qui est remarquable chez le romancier tient à la façon qu'il a d'amener les trajectoires prévisibles de ses personnages à se percuter. Il y a une fatalité sordide qu'il met en canon et encore ! Francis ne le sait pas mais il n'avait aucune chance de s'en sortir, il était au cœur d'une petite combine dont il était un pion déjà sacrifié. Et puis, il y a ce style très sec propre au roman noir assorti d'un goût prononcé pour l'horreur (la fin de Damián dès lors qu'il se vautre devant sa télévision à regarder un film de John Wayne est un modèle du genre). Carlos Zanón nous impose une distanciation voyeuriste que l'on accepte avec un plaisir coupable.
Jubilatoire !

Citation

- Tu es venu pour m'emmerder, Mr Frankie ?
- Qu'est-ce que tu crois ?
- Je crois que oui.

Rédacteur: Julien Védrenne mardi 08 mars 2016
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