Sagittarius

Nous apprenons surtout à détruire l'art et préférons recommencer de zéro, dans une prairie verte qu'il suffit de noyer sous le béton. Surtout, que ce soit simple, surtout que ce soit fonctionnel. La passion de tuer le passé est imprimée en nous, l'instinct de brûler ce qui a été créé, indéracinable.
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Roman - Thriller

Sagittarius

Anticipation - Psychologique - Ésotérique - Scientifique MAJ jeudi 10 mars 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Sébastien Raizer
Paris : Gallimard, mars 2016
488 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-07-017879-7
Coll. "Série noire"

Ordinateurs maîtres zen

Dans L'Alignement des équinoxes, le premier volet de cette série (résumé au début de manière très claire et qui ressort en poche chez Folio policier le 10 mars en même temps que ce roman), l'intrigue se déroulait en espace quasiment clos entre le fameux 36 du quai des Orfèvres, les lieux de crimes, les bureaux et les appartements des principaux personnages. L'atmosphère étouffante surplombait l'intrigue. Tous les éléments étaient posés, et il convenait donc de s'ouvrir, de déployer ses ailes afin réaliser l'alignement des équinoxes, ce Saint-Graal qui doit ouvrir la porte de la vraie humanité. Si Wolf reste sur Paris et tente de se défaire de l'empreinte mentale que lui a laissé une femme morte, Silver cherche à affronter de vieux démons et retourne dans son pays natal. Là-bas, elle doit se rendre dans une grotte et tenter de renouer avec la petite fille qu'elle était avant que les soldats ne tuent sa famille.
Pour aérer son intrigue et lui donner une nouvelle ampleur, Sébastien Raizer lui offre la conquête de nouveaux espaces (à commencer par le nouveau bunker qu'est le quai des Orfèvres reconstruit en périphérie de Paris). Que ce soit des espaces extérieurs avec le départ pour le Laos de Silver ou celui d'un autre personnage qui doit aller chercher des éléments technologiques en Asie, ou des espaces plus personnels avec la quête de L'impératrice d'Or qui cherche, par le meurtre et la manipulation, à obtenir son propre alignement des équinoxes. Est également pris dans la tourmente Marcus, un informaticien de génie qui sombre dans la folie, mais qui se reconstruit un espace de cocon pour ne plus être en contact avec le monde extérieur et pouvoir se livrer à sa quête en s'aidant d'ordinateurs surpuissants pour percer le mystère d'une substance neurotoxique. Tous les personnages s'agitent et tournent autour de la recherche d'une nouvelle façon de concevoir l'humanité et le monde futur. Karen, morte dans le premier volet, a laissé un logiciel qui permet de nouvelles possibilités aux systèmes informatiques. Les temps anciens côtoient le moderne et la loi de l'alignement née des croyances anciennes, liées aux rites bouddhiques ou zen se mêlent à la tentative de créer une vraie intelligence artificielle. C'est le seul moyen, semble-t-il, de redonner à l'homme sa vraie place dans l'univers.
Aussi étrange que cela puisse apparaître, les apports théoriques s'intègrent avec style et grâce dans l'intrigue générale. Le mélange déjà à l'œuvre dans le premier volet, continuent avec force et l'ntrigue, en s'internationalisant, en reliant d'un geste anodin les plus anciennes préoccupations humaines ou plus récentes poussées scientifiques, renoue avec le meilleur des sagas comme celles de "Fantômas" ou de "Fu-Manchu" ou encore, plus récemment, des intrigues échevelées de James Ellroy ou de Maurice G. Dantec. D'un côté un "génie" du Mal, un savant fou qui entend transformer le monde, de l'autre des policiers et leurs amis empressés d'essayer de sauvegarder le statu quo de l'univers.
Son style fait passer comme une lettre à la poste les moments que l'on pourrait penser plus indigestes - les explications mystiques ou scientifiques. Sagittarius met sur orbite haute l'histoire entreprise depuis mille pages. Sébastien Raizer a tenu la gageure de mettre la barre à un niveau encore plus élevé qu'il ne l'était de son premier roman, et dorénavant les lecteurs attendent avec impatience une suite (ou fin ?) annoncée pour 2017.

Citation

Il faut se débarrasser de ce qui est pourri. N'importe quel organisme dans la nature se débarrasse de ses parasites, non ? Pourquoi pas l'organisme qui s'appelle l'humanité...

Rédacteur: Laurent Greusard samedi 05 mars 2016
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