Morphine Monojet

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Roman - Noir

Morphine Monojet

Drogue - Urbain MAJ mardi 23 février 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 15,9 €

Thierry Marignac
Monaco : Le Rocher, janvier 2016
156 p. ; 19 x 14 cm
ISBN 978-2-268-08164-9

Délicieusement vides

Le terme est étrange dans sa dénomination même car la morphine monojet n'est pas une drogue particulière, mais un ustensile spécial qui eut son heure de gloire durant la Seconde Guerre mondiale. Il s'agissait d'une petite seringue de morphine, destinée aux soldats en mission, censée leur donner un coup de fouet en cas de blessure. Lorsque Al en trouve une, il croit avoir atteint le Saint Graal des drogués. Nous sommes à l'aube des années 198O dans le Paris punk qui vit encore à l'ombre des vieilles rues, quand Daniel Darc commence à donner de la voix et danse sur les rues pavées de Montmartre et, bien avant la mondialisation galopante, quand la Capitale est encore une ville française. On retrouve chez Thierry Marignac ce qui fait le charme des textes de Marc Villard ou, en version plus sage, l'ombre portée des romans de William S. Burroughs. Des "petits" drogués survivent dans la ville, essaient de concilier leurs petites magouilles, les diverses arnaques, tous les moyens de s'injecter dans les veines de quoi oublier le gouvernement grisâtre de Giscard et l'impression que la tradition lourde de la France profonde va encore durer des siècles.
Centré autour de trois personnages, Al et ses deux compagnons de débauche, Morphine Monojet déploie une intrigue minimaliste : une première partie évoque le quotidien de nos trois Pieds nickelés, avec un regard sympathique, qui ne juge pas. Puis le roman accélère lorsque les deux acolytes tentent de retrouver Al car ils ont peur que ce dernier n'utilise la fameuse seringue Morphine Monojet pour un feu d'artifice, un départ en beauté, une overdose grâce à la Drogue Ultime. Il y a une sorte d'urgence et en même temps, par son style, Thierry Marignac ne sombre pas dans le pathos et c'est ainsi que les scènes oscillent entre tendresse et (presque un côté) burlesque. Le texte est court car le sujet ne nécessitait pas une grande ampleur (d'ailleurs, Marc Villard lui-même dans ses textes autour de la drogue s'arrête souvent à la densité de la nouvelle et William S. Burroughs augmentait la pagination des siens avec ses cut-up plus que par la densité de l'intrigue) et s'adapte parfaitement à cette évocation fine, tendre et attachante d'un monde disparu, d'une certaine nostalgie d'un passé plus calme (même s'il y a quelques scènes plus dures), de ce moment où la drogue et son fléau restaient encore un peu artisanaux.

Citation

Trois mousquetaires en imper, cinq heures d'hiver, dans le jour de ces années-là, qui tombait comme un suaire. Les blancs-becs étaient en mission de survie.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 23 février 2016
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