Gisants-les-Rouen

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dimanche 18 novembre

Contenu

Roman - Policier

Gisants-les-Rouen

Fantastique - Trafic - Horreur-gore MAJ mercredi 17 février 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 14 €

Roland Sadaune
Nesles-la-Vallée : Val-d'Oise éditions, décembre 2015
214 p. ; 21 x 15 cm
ISBN 978-2-913394-54-X
Coll. "Thriller"

Laissez vieillir les bons crus

Il y a des détails qui montrent que nous avons vieilli. Ne serait-ce par exemple que les instants où nous regrettons des lectures passées, des moments de plaisirs enfouis et enfuis. Au siècle dernier, les éditions du Fleuve Noir avaient des collectionnas spécialisées dans les différents genres des paralittératures. Parmi celles-ci, il existait une série consacrée au genre "Angoisse", et qui mélangeait allègrement des récits fantastiques horrifiques et des textes plus ouverts où l'intrigue policière débouchait sur une solution relevant de l'étrange ou, à l'inverse, où des événements considérés comme bizarres se révélaient devenir un piège complexe mais bien humain. Parmi les auteurs, en autres, qui s'amusaient à perturber les lecteurs, il y avait des gens comme Pierre Pelot ou Jean-Pierre Andrevon qui ont laissé un nom.
Roland Sadaune a sans nul doute dû les pratiquer tous les deux. De Pierre Pelot, il a retenu des ambiances campagnardes, des décors ruraux "minimalistes" comme cette ferme isolée, cernée par quelques voisins indiscrets. Au bout de la propriété, on y découvre un cimetière orné de statues de gisants. Les bruits courent que le coin est hanté, que des morts-vivants reviennent aux pleines lunes. Toujours comme chez Pierre Pelot, Lancaster, un auteur en mal d'inspiration, habite cette ferme. Pour chercher des sources afin de nourrir son prochain roman, il n'hésite pas à alterner pilules magiques et grands verres remplis d'alcool, en parcourant la bibliothèque familiale qui contient de nombreux ouvrages autour de thèmes sympathiques comme la lycanthropie ou les vampires. De Jean-Pierre Andrevon, il a retenu un certain sens de la démesure, de l'hénaurme : un commissaire a décidé d'appliquer à la lettre les consignes politiques sur le transfert des SDF dans l'arrière-pays. Pourquoi ne pas les regrouper dans des sortes de camps de concentration et s'en servir pour faire des combats. De quoi assouvir ses pulsions sadiques et faire rougeoyer cette intrigue noire. Suite à un complice qui refuse de continuer ces basses besognes, mais aussi à des policiers particulièrement tenaces, le commissaire risque d'être coincé et il s'enfuit. Bien sûr, il va se réfugier chez l'auteur. Alors peut s'entamer un face-à-face glaçant arbitré par l'OPJ Élise Verdoux, une rousse quadragénaire étincelante.
Différents fils narratifs qui se rejoignent, des pistes qui se perdent en route à la mort des protagonistes, Gisants-les-Rouen joue sur du velours, sur le mélange entre les genres. L'histoire policière vire à la politique fiction tandis que la tension dans le petit hameau transforme une sourde angoisse de claustrophobe alcoolisé en délire fantastique avec revenants qui s'amusent à grincer devant les portes, lettres anonymes effrayantes, voisin dans un fauteuil roulant qui surgit là où on ne l'attend pas. Les personnages sont présentés sous diverses facettes contradictoires, comme dans la vraie vie - une policière, ancienne maîtresse du commissaire, qui le pourchasse mais qui songe avec nostalgie à ses pratiques parfois brutales mais ô combien érotiques !
Roland Sadaune rend à merveille les scènes de fantastique diffus autant que le grotesque (c'est-à-dire à la façon de Jerome Bosch) comme les perversions policières ou les phrases mielleuses d'hommes politiques. Du coup Gisants-les-Rouen aurait mérité de se glisser dans la célèbre collection "Angoisse" du Fleuve Noir dont nous parlions plus haut. Finalement, il y a des bons côtés à vieillir en charmante compagnie.

Citation

Que les zombies t'embarquent et s'occupent de toi. Tu ressusciteras à chaque pleine lune, ainsi tu pourras aller saluer mister Nobel et le conseiller dans l'écriture de ses débilités macabres.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 17 février 2016
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