Magic Time

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Roman - Noir

Magic Time

Social - Procédure MAJ mercredi 03 février 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Doug Marlette
Magic - 2005
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Karine Lalechère
Paris : Le Cherche midi, janvier 2016
670 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-7491-2199-4

Passé indigeste

Le Magic Time du titre fait référence tout d'abord à un lieu. Ce fut, dans les années 1960, l'endroit où se réunissaient les activistes des mouvements civiques de Troy, petite ville du Sud des États-Unis. C'est aussi le lieu aujourd'hui où une puissante entreprise veut s'installer, en détruisant les éléments historiques - quitte à les reconstruire plus loin, pour le tourisme. Mais le temps magique, c'est aussi celui de l'adolescence et du début du monde adulte, lorsque l'on désire le meilleur, que ce soit à travers la drague ou en voulant changer la société.
L'action de ce roman de Doug Marlette (qui a reçu le prix Pullitzer pour ses dessins de presse) se déroule en 1990. Pour des raisons judiciaires et aussi politiques, la ville de Troy voit une nouvelle procureur relancer des procès qui n'ont pas abouti durant ces fameuses années 1960. En effet, lors d'une réunion des droits civiques, une église a été attaquée par des membres du Ku Klux Kan. Quatre personnes y ont trouvé la mort, mais Lige en a réchappé. Parmi les victimes, Sarah Solomon, dont le petit ami Carter Ransom est depuis devenu journaliste au New York Examiner. Ce dernier se retrouve chargé par son journal de retourner à Troy pour rendre compte du nouveau procès. C'est l'occasion pour lui de replonger dans ce temps magique où il croyait en un avenir radieux, où il se voyait avec Sarah, où sa famille était unie. Mais le procès réveille également des plaies et soulève de nombreuses questions. Qui était membre du K.K.K. ? Pourquoi Mitchell Ransom, tout puissant juge de l'époque, a-t-il laissé de côté un témoin important qui aurait pu accuser les deux grands chefs du mouvement raciste local ? Qui plus est, ce juge est le père de Carter. À cela s'ajoute le fait que Lige est devenu le député noir local et qu'il se bat contre le grand groupe qui veut s'installer et "reformater" la ville.
Bien entendu, le récit se construit sur une intrigue alternée : d'un côté, les personnages, plus âgés, plus mûrs, essayent de vivre avec les blessures passées, dans une Amérique qui veut oublier. De l'autre, nous suivons les années 1960 et la lutte des droits civiques (Troy n'est pas loin de Selma, qui a donné lieu au film éponyme d'Ava DuVernay en 2014 et qui est symbolique du combat du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens). Le récit oscille donc entre cette reconstruction historique, les premiers émois amoureux, les positions tranchées des uns et des autres, et un procès au présent. Ces années 1990 sont l'occasion de montrer comment les personnages ont évolué, ou non, comment les questions et le déroulement du procès vont faire remonter à la surface des histoires lointaines, des liaisons, des raisons qui ont expliqué la façon dont se sont déroulées les choses trente ans plus tôt. Très positif, il montre aussi combien il faut continuer à se battre pour ce en quoi on croyait.
Magic Time est un brillant récit sur la perte de l'innocence. Il montre en même temps la façon dont peu à peu la personnalité complexe de Carter Ransom se met à nu, la façon dont il va se reconstruire et repartir sur de nouvelles bases, comme si les dernières années vécues n'avaient été qu'une façon d'éviter de vivre, de juste fonctionner pour accepter ce qui est arrivé au Magic Time, alors qu'il débutait sa vie dans un monde pas aussi idéal qu'il l'aurait cru.
Cette intrigue s'inscrit dans un récit de facture éminemment classique, avec des rebondissements logiques, où la part policière se limite à quelques éléments lors du procès, où l'important se déroule surtout dans ce choc entre le présent et le passé, dans cette évocation des années 1960, et la façon dont les chocs anciens, comme un caillou dans l'eau, continuent à faire des ondes et des vaguelettes aujourd'hui.

Citation

La ville avait attendu plusieurs décennies avant de se résoudre à donner leur nom à des rues, et encore, dans le quartier historique noir. Et quand elle avait décidé d'ériger une statue à l'un de ses habitants, elle leur avait préféré un idiot patenté qui se trouvait être blanc. Bienvenue à Troy, Mississippi.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 03 février 2016
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