N'oublie pas mon petit soulier

Tous les voyants passèrent au rouge dans son crâne à l'instant précis où il serra sa main délicate. Le tranchant en était épaissi par une couche de corne dure comme du bois ; et la petite callosité typique à la base de l'index, qui ne peut s'acquérir qu'en pressant des milliers de fois sur la détente d'un flingue, jour après jour pendant des années, était encore plus révélatrice. Pas besoin de carte de visite avec ça : elle aurait aussi bien pu avoir 'Forces spéciales' tatoué sur le front.
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mercredi 19 décembre

Contenu

Roman - Thriller

N'oublie pas mon petit soulier

Humoristique - Psychologique - Mafia - Complot MAJ jeudi 14 janvier 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Gabriel Katz
Paris : Le Masque, octobre 2015
284 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-7024-4260-9
Coll. "Grands formats"

Le Varenne du père Noël

Il y a un côté tendre et sentimental accompagné d'une certaine innocence et naïveté dans ce titre tiré d'une chanson qui a bercé notre enfance par l'entremise du regretté Tino Rossi. C'est peut-être cette même naïveté qui anime Benjamin Varenne, le personnage central de l'histoire. Benjamin Varenne est un acteur raté qui joue des rôles de figurants dans d'obscures scènes publicitaires et qui doit bien alimenter la marmite en se déguisant en père Noël pour les grands magasins. Il n' y a pas de raison que le père Noël ne récompense pas ses doublures en leur offrant un cadeau de "grand", et c'est bel et bien le cas pour Benjamin Varenne. Son cadeau ressemble aux pages centrales de célèbres magazines pour hommes. C'est Victoire, une belle jeune fille qui lui fait du rentre-dedans. Le pauvre Benjamin Varenne est très naïf et il ne voit pas que sa belle promise a un comportement étrange : elle a des gardes du corps qui lui conseillent de disparaitre rapidement. Son père a l'air d'être un monstre néandertalien et lorsque finalement Benjamin se rend chez elle, il fait la rencontre d'une grand-mère albanaise qui sort plus vite une pétoire de son sac à main qu'un mouchoir ! Mais si le père Noêl est souvent vêtu de rouge et de blanc, ces deux couleurs ne se marient-elles pas pour former le rose ? Du rose, il y en a aussi dans ce roman noir car ce brave Benjamin est prêt à tout pour sa belle, même si elle l'accuse de meurtre et de kidnapping. Même si elle se sert de lui de toutes les manières possibles et imaginables avec la candeur d'une grande amoureuse, d'une cynique ou d'une salope de première force. Passant ainsi entre les mains de la mafia albanaise, de la police secrète française, d'un garde du corps particulièrement tordu et d'une Lolita à la puissance n, le héros navigue entre Paris, une virée familiale et cauchemardesque à Charleville-Mézières, et une Thaïlande entre exotisme et corruption.
Gabriel Katz rend avec légèreté et ironie la trajectoire amoureuse et criminelle de ce garçon qui croit avoir une superbe aventure et sera le cocu d'une magnifique histoire. Un amant délaissé qui, dévoré par sa passion, serait prêt à recommencer, même en sachant qu'il est le dindon de la farce. L'auteur réussit donc son roman, dans un genre qui n'est pas très prisé en France, où l'on mélange une intrigue policière enlevée et nerveuse et des éléments d'humour, de distanciation tendre et ironique avec ses personnages. Non, il n'y a pas à dire, N'oublie pas mon petit soulier révèle de plus grandes surprises que la ritournelle rossienne que l'on nous infligea en nos jeunes années.

Citation

La dernière fois que j'ai réussi quelque chose, c'était le montage d'une armoire Ikéa, et encore, je crois bien que j'ai mis les caches à l'envers.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 14 janvier 2016
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