Ravensbrück mon amour

Le chef admiré, De Gaulle, lui, n'aimait pas Marseille. Il n'avait que du mépris envers ces jeunes résistants dépenaillés, quelquefois en short et en espadrilles, qui pourtant étaient venus l'acclamer à son passage. Les embrouilles entre les communistes et les socialistes du jeune avocat Gaston Defferre, qui avait annexé l'ancien journal collaborationniste Le Petit Marseillais, étaient incessantes.
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mercredi 19 septembre

Contenu

Roman - Noir

Ravensbrück mon amour

Historique - Social - Guerre MAJ samedi 26 septembre 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Stanislas Pétrosky
Saint-Romain-de-Colbosc : Atelier Mosésu, février 2015
222 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 979-10-92100-36-5
Coll. "39-45"

Concentration de l'art

Le narrateur de ce texte est un allemand, Gunther, est un jeune artiste allemand qui ne pense qu'à dessiner. Issu d'une famille paysanne, étudiant dans les années 1930 en Allemagne, son talent n'est pas forcément ce que l'on attend d'un jeune aryen. Aussi, son père le "confie" aux autorités nazies et il va être enrôlé de force pour la construction du camp de Ravensbrück, faisant même partie de ses premiers "clients". Gunther dispose donc d'un statut bâtard : il est allemand, n'est condamné en rien mais se retrouve entre les gardiens et les véritables détenus. Heureusement son talent de dessinateur lui vaut un long sursis. Il devient vite chargé de représenter outre, les portraits des gens du camp, les résultats des expériences "scientifiques" et médicales testées dans le camp de concentration. Illustrateur officiel, il va devenir ainsi le témoin, horrifié, gêné de survivre grâce à son statut particulier, espérant pouvoir témoigner après la guerre contre ses geôliers.
Ce qui intéresse l'auteur de ce roman, Stanislas Pétrosky, c'est de présenter le camp dans toutes ses dimensions à travers ce personnage. Son personnage est choisi avec soin, se trouvant dans une position de témoin privilégié, pouvant tout observer sans pour autant être moralement condamnable. Il est clairement du côté des victimes et d'ailleurs, vers les derniers chapitres, il passera du côté des prisonniers. La description du romancier s'appuie sur des informations sérieuses et documentées. Stanislas Pétrosky ne se contente pas de les aligner mais parvient à leur donner un sens, à les mettre en scène de manière crédible. S'il décrit avec méticulosité des détails horribles, ce n'est pas dans un but voyeuriste, mais bien dans celui de raconter au plus près des détails sordides. Au milieu des abjections les plus effrayantes, le roman déploie, comme son titre - hommage à Alain Resnais et Marguerite Duras -, une histoire d'amour. Elle est rendue de manière pudique, puis tragique, avec un sens de l'économie des détails. Cette histoire d'amour se double d'éléments qui montrent une forme de solidarité, un esprit d'entraide, dans les mesures du possible, comme une probabilité que l'humain peut quand même subsister au milieu de ce pandémonium effroyable.
Parvenant à maintenir une équilibre entre le côté documentaire, le récit et une certaine morale de l'écriture, Ravensbrück mon amour est, à sa façon, un récit noir, sombre, qui permet de présenter une page d'histoire de l'humanité, qui n'est pas forcément une ode à sa grandeur. une histoire qui fut mais qui, sans essais historiques, devoir de mémoire ou ouvrages de vulgarisation comme celui-ci, pourrait, sans grande peine aujourd'hui, revenir.

Citation

Nous subissions les ordres souvent honteux de ce que nous étions obligés de faire, mais toujours, il nous manquait le courage de nous révolter. Ou plus exactement, nous ne voulions pas être exécutés à notre tour.

Rédacteur: Laurent Greusard samedi 26 septembre 2015
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