Meurtres à la pause-déjeuner

L'humidité, les vents, le sel rongeaient la pierre. Il suffisait de détailler les mascarons ornant les couronnes extérieures du premier et du second étage pour évaluer combien de soufflets séculaires ils avaient dû subir. Sur le fronton de la porte, Neptune avait perdu beaucoup de sa superbe. Dans leur grande versatilité, les dieux marins avaient-ils, eux aussi, abandonné Cordouan ?
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lundi 23 juillet

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Roman - Noir

Meurtres à la pause-déjeuner

Social - Vengeance MAJ vendredi 25 septembre 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Viola Veloce
Omicidi in pausa pranzo - 2014
Traduit de l'italien par Fanchita Gonzalez Batlle
Paris : Liana Levi, mai 2015
248 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-86746-776-9

Le travail, c'est la santé

Dans Le Couperet, Donald Westlake exposait les faces sombres du travail, de l'entreprise et de la peur du chômage. De son côté Viola Veloce a décidé de traiter le monde de l'entreprise, mais sur un mode bien plus humoristique. Le cadre de son entreprise ressemble sans doute à celui de beaucoup d'entreprises : des chefs - pas forcément compétents -, des conflits liés aux différents statuts des ouvriers (des CDI, des CDD et des agents extérieurs venus pour une mission), des syndicalistes qui chouchoutent leurs syndiqués et recherchent toutes les petites bêtes qui pourraient ralentir la productivité. De fait, nous sommes dans le service de Francesca. On fait la connaissance de quatre travailleurs qui supportent de plus en plus difficilement une employée qui, profitant de son statut de non-licenciable, ne fait rien et les énerve. Mais un jour, en revenant de la pause-déjeuner, Francesca découvre dans les toilettes le cadavre de sa collègue. Angoisse dans l'entreprise. Les soupçons se portent sur le chef de bureau qui, mis en prison, se suicide. Son remplaçant est un petit chef hargneux, qui doit son poste à ses relations plus qu'à ses compétences et qui lui aussi est retrouvé assassiné, selon le même mode opératoire que la première victime. Et ce n'est que le début...
L'humour se renforce dans la seconde partie car Francesca croit comprendre que le tueur se débarrasse des "boulets" de l'entreprise. Elle décide donc de lui tendre un piège en multipliant les actions anti-travail, allant même jusqu'à se syndiquer pour revendiquer des primes de risque dans cette entreprise où l'on risque la mort ! En parallèle, afin de renforcer le côté comédie de l'histoire, la romancière Viola Veloce appuie sur l'aspect "paumée" de son héroïne : fiancée, son futur époux a rompu le jour du mariage ; une amie de sa mère l'entraîne dans des speed dating effrayants ; elle a une mère qui sombre dans la folie et un père hyper-protecteur qui s'occupe un peu trop de sa vie ; son unique ami est un autre employé de l'entreprise qu'elle ne voit qu'au repas de midi et qui lui parle des livres d'histoire qu'il lit. Sa seule consolation est de pleurer dans son lit en regardant sans fin les épisodes de la série Friends ! Il est bien évident que les meurtres ne sont qu'un prétexte supplémentaire pour jeter un coup de pied dans la fourmilière. On sent le vécu de l'auteur dans la description acide, bienveillante cependant, amusée et détaillée de la vie de bureau, des employés modèles ou réfractaires, des petits chefs et du directeur qui passe sans cesse pour surveiller et s'inquièter sans arrêt du qu'en-dira-t-on. Il y a une jubilation sensible dans la description individuelle et collective de la vie privée et professionnelle. De plus, Viola Veloce a su utiliser une distance suffisante pour planter son décor et faire vivre ses personnages, et assez courte pour ne pas lasser un lecteur amusé.

Citation

Que faire ? Aller expliquer à un psychiatre que je suis déprimée parce que tous ceux qui sont assis en face de moi au bureau meurent étranglés ?

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 24 septembre 2015
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