De si parfaites épouses

On ne fait pas leur métier si on ne veut pas être confronté au mal : on prend acte de son existence, on le combat souvent, on le commet aussi, parfois.
Cédric Bannel - Kaboul Express
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mercredi 14 novembre

Contenu

Roman - Noir

De si parfaites épouses

Social - Disparition - Assassinat - Urbain MAJ mercredi 26 août 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Lori Roy
Until She Comes Home - 2013
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Valérie Bourgeois
Paris : Le Masque, août 2015
350 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-7024-4099-5
Coll. "Grands formats"

Ménagères désespérées

À la fin des années 1950, dans la banlieue blanche de Detroit, les choses sont plutôt simples : les femmes sont à la maison, s'occupent des enfants et de la maison, papotent, cuisinent des gâteaux pour les œuvres de bienfaisance, et espionnent ou observent depuis leurs fenêtres les voisines. Les maris, eux, travaillent, reviennent avec la paye, même si parfois il en manque un peu et que des angoisses surgissent : seraient-ils allés voir les femmes noires de mauvaise vie qui traînent aux abords de l'usine ? Il y a un détail qui revient plusieurs fois dans le roman de Lori Roy et qui est symbolique de cet univers parfait. Monsieur Herze est conscient de son poste à l'usine et dans sa maison tout est ordonné. Chaque outil est à sa place, dans son emplacement soigneusement noté au feutre. Aussi quand un marteau à manche de couleur a remplacé son marteau habituel, il s'inquiète. L'aurait-il prêté ? Lui a-t-on volé ? Quel homme pourrait s'introduire chez lui pendant qu'il travaille ? Mais surtout pourquoi ce marteau se retrouvera-t-il entre les mains des deux petites voisines, deux petites pestes qui font des farces stupides dans le quartier ? Et puis, cet univers calme, tranquille et immuable, va être perturbé. L'origine en est connu. Au bout de la rue, on a commencé à construire des blocs et des Noirs viennent y vivre. Ils traversent le quartier. Ils regardent les femmes blanches. S'ils s'approchaient, auraient-elles peur ou honte ? Préféreraient-elles se taire s'ils se livraient à des gestes déplacés ? Les ménagères font des détours pour aller faire leurs courses plus loin. Tout va se compliquer lorsque, d'une part, une prostituée noire est retrouvée morte et que, d'autre part, une jeune fille handicapée mentale disparaît. Les femmes préparent des en-cas et les hommes fouillent les environs à la recherche de cette jeune fille.
On verra peu les hommes dans ce roman de Lori Roy. Tout se concentre sur un bout de rue, sur les femmes qui préparent des repas, qui observent, qui rêvassent, qui voudraient déménager. L'atmosphère est lourde et pesante car il y a eu le meurtre de la prostituée. Il y a cette disparition dont tout le monde se doute bien qu'elle est un enlèvement sexuel, mais il faut en même temps sauvegarder les apparences alors on pend son linge, on montre sa grossesse, on dit du mal de la voisine qui a sans doute adopté, on évite de parler des choses qui fâchent. Les plaisanteries des jeunes petites chipies apportent régulièrement plus que le désordre, le retour du refoulé, les choses non dites, les actions que l'on aurait voulu cacher. Si le lecteur comprend ce qui se cache derrière ces énigmes, derrière ce meurtre, rien n'est clairement dit et chacun essaie de s'en sortir, le plus souvent en profitant de l'arrivée des Noirs pour vendre sa maison et quitter ce quartier devenu un lieu clos invivable. Le diable se cache dans les détails, dit-on, et ici ce sont une recette de cuisine, un marteau disparu, une chaussure retrouvée au bord de la rivière, une main qui se dresse un peu vite, une odeur de parfum, qui constituent les fils ténus permettant de décrire, avec finesse, une époque, une ambiance, un groupe social, faisant ainsi le sel et la qualité de ce roman noir, où la violence est hors champs, mais où le poids social et la violence symbolique chère aux sociologues sont présentés avec soin.

Citation

Les gens les ont sûrement observés, cachés derrière leurs épais rideaux et, parce qu'ils n'ont pas pu entendre tout ce qu'ils se disaient, ils auront envie d'en savoir plus. Sauf qu'ils n'oseront pas demander.

Rédacteur: Laurent Greusard dimanche 16 août 2015
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