Les Barricades mystérieuses

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Roman -

Les Barricades mystérieuses

Psychologique - Social - Urbain MAJ vendredi 12 juin 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 7,7 €

Sébastien Lapaque
Arles : Babel, janvier 2012
264 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-330-00267-1
Coll. "Noir", 59

Actualités

  • 27/01 Édition: Parutions de la semaine - 27 janvier
    Parutions en petit nombre au sein desquelles se démarquent Organes vitaux, d'Elsebeth Egolm et Faux-semblants de Kjell Ola Dahl. Les Nordiques continuent d'avoir le vent en poupe. Mais pas que ! En effet, Romain Slocombe nous offre le troisième volet de "L'Océan de la stérilité" avec un Shangaï connexion dont nous n'allons vraiment pas tarder à vous parler. Les sorties poche sont monopolisées (phagocytées ?) par Babel noir et Folio policier. Ceux qui n'ont pas lu Les Survivantes, de la romancière Lalie Walker, pourront donc se rabattre sur un achat plus économique. Enfin, soulignons le choix plutôt classe de Feryane. L'un des éditeurs les plus en vue de romans en gros caractères propose Le Jeu du pendu, d'Aline Kiner et 220 volts, de Joseph Incardona. Deux petits romans très précieux, que l'on a bien aimés.
    Comme d'habitude, faites votre choix !

    Grand format :
    La Malédiction de la Galigaï, de Jean d'Aillon (Flammarion)
    Le Livre de Johannes, de Jorgen Brekke (Balland)
    Le Bal des cagoles, de Philippe Carrese (L'Écailler)
    Froid d'enfer, de Richard Castle (City, "Thriller")
    Le Féminin du temps, de Daniel Cordonnier (Favre)
    Faux-semblants, de Kjell Ola Dahl (Gallimard, "Série noire")
    Le Retour du lion, de Nelson Demille (Michel Lafon, "Thriller")
    Organes vitaux, de Elsebeth Egholm (Le Cherche Midi, "Thriller")
    Bayard et le crime d'Amboise, d'Éric Fouassier (Pascal Galodé)
    La Mise à mort du matador, de Bernard Hautecloque (Max Milo)
    Un escalier de sable, de Benjamin Legrand (Le Seuil)
    Une passion dévorante, de Jean-François Pré (Pascal Galodé)
    Shangai connexion, de Romain Slocombe (Fayard, "Noir")
    La Prophétie d'Ararat, de Sévag Torossian (Papier libre)
    L'Inscription de la terreur, de Sang Yi (Les Petits matins, "Les Grands soirs")
    De chacun selon sa haine, de Maurice Zytnicki (Loubatières)

    Poche :
    Le Secret de l'enclos du Temple, de Jean d'Aillon (J'ai lu, "Roman historique")
    L'Homme dans la vitrine, de Kjell Ola Dahl (Folio, "Policier")
    Un Russe candide, de Leif Davidsen (Babel, "Noir")
    Un scandale en Bohème suivi de Silver Blaze, d'Arthur Conan Doyle (Folio, "2 €")
    Cœur perdu en Normandie, de Joseph Fromage (L'àpart)
    Une fenêtre à Copacabana, de Luiz Alfredo Garcia-Roza (Babel, "Noir")
    Les Barricades mystérieuses, de Sébastien Lapaque (Babel, "Noir")
    Rupture, de Simon Lelic (Folio, "Policier")
    Eaux troubles en Morbihan, de Guillaume Moingeon (L'àpart)
    Meurtres à Versailles, d'Anne-Laure Morata (Le Masque, "Labyrinthe")
    Lumen, de Ben Pastor (Babel, "Noir")
    De la terre à la lune en déambulateur, de Serge Scotto (Baleine, "Noire")
    Flashback, de Jenny Siler (Folio, "Policier")
    Les Larmes des innocentes, de Joachim Sebastiano Valdez (Folio, "Policier")
    Parce que le sang n'oublie pas, de Pascal Vatinel (Babel, "Noir")
    Code 1879, de Dan Waddell (Babel, "Noir")
    Les Survivantes, de Lalie Walker (Babel, "Noir")

    Grands caractères :
    La Piste de sable, d'Andrea Camilleri (Feryane livres en gros caractères, "Policier")
    L'Îli de tous les dangers, de Natasha Cooper (Feryane livres en gros caractères, "Policier")
    220 volts, de Joseph Incardona (Feryane livres en gros caractères, "Policier")
    Le Jeu du pendu, d'Aline Kiner ((Feryane livres en gros caractères, "Policier")
    Liens : Le Secret de l'enclos du Temple |La Piste de sable |220 volts |Le Jeu du pendu |Rupture |Les Larmes des Innocentes |Bayard et le crime d'Amboise |Faux semblants |Eaux troubles en Morbihan |Jean d'Aillon |Philippe Carrese |Leif Davidsen |Arthur Conan Doyle |Éric Fouassier |Joseph Fromage |Luiz Alfredo Garcia-Roza |Joseph Incardona |Aline Kiner |Benjamin Legrand |Simon Lelic |Ben Pastor |Jean-François Pré |Serge Scotto |Romain Slocombe |Joachim Sebastiano Valdez |Lalie Walker |Kjell Ola Dahl |Guillaume Moingeon

À l'aube du renouveau

Neubourg, journaliste rêveur et romanesque chez Paris-Matin, est fasciné par son collègue Maranges. Il faut dire que celui-ci mène une existence sulfureuse qui a tout pour lui plaire : courses de chevaux, paris (du verbe parier), filles (principalement des professionnelles), argent qui file entre les doigts, dettes, relation avec le mitan, touche-pipi avec la police, nuit, alcool, planning aux "abonnés absents", enfin tout à fait le genre de personnage qui aurait permis à Maurice Ronet de recevoir la coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine. Les deux hommes se sont liés d'amitié et quand Maranges doit abandonner une serviette remplie de pognon à quelqu'un de confiance, il choisit Neubourg, lequel brossé dans le sens du poil de son fantasme (être le héros) et respirant déjà le dangereux parfum de l'aventure (celui dont on sait qu'à la longue il va nous filer un mal de crâne carabiné mais qui sur le moment nous fait le même effet que de rentrer chez soi et d'y trouver une femme magnifique et complètement nue sur notre plumard... oui, je sais, ça n'arrive jamais), accepte.
Seulement, quand le lendemain, le gars Maranges ne se présente pas à la feuille de chou, l'ami Neubourg s'inquiète. À tel point qu'il décide d'enquêter (ici, synonyme de "s'attirer des emmerdes") lui-même pour retrouver son poto. Il sera aidé en cela par un autre collègue, un cinquantenaire prénommé Marin, un tantinet nostalgique de la révolution prolétarienne en col mao. À propos de Mao, c'est aussi le prénom d'une délicieuse personne dont Neubourg est fou amoureux et qu'il désire enlever à son mari (évidemment un con !). Voilà pour le canevas (à boire avec modération) !
Les Barricades mystérieuses (titre emprunté à la pièce pour clavecin écrite dans les années 1716-1717 par François Couperin) de Sébastien Lapaque possède tout le charme d'un premier roman. Et c'est bien normal puisque c'en est un. Édité chez Actes Sud en 1998, il a été réédité dans la collection "Babel noir" en janvier 2012. Fougueux, intense, effréné, mais aussi maladroit, il touche par son savant mélange entre les références aux aînés du roman et cinéma policier que l'auteur admire (et desquelles un "débutant" ne pense pouvoir se départir à l'heure où il décide enfin de s'exprimer), et l'émancipation totale et prochaine qu'il nous laisse voir sans fausse pudeur. Neubourg est un personnage retranché qui va se retrouver dans la lumière, un journaliste inconnu que son aventure va faire passer du côté de la Une, un homme qui va devoir dire adieu à son amour de jeunesse, un rêveur qui va passer à l'action, un passéiste (d'époques qu'il n'a pas vécues) qui va se confronter (et de quelle façon) au présent (qu'il doit vivre même s'il ne correspond pas à son idéal moral). Bref, et peu importe l'âge, quelqu'un qui va s'émanciper. Comme le font tout simplement les créateurs quand ils cessent d'admirer (au sens regarder) l'œuvre des autres pour construire leur propre œuvre. Ce que fait vraisemblablement Sébastien Lapaque avec ce premier roman puisque c'est justement son premier roman. Reste évidemment à trouver son équilibre. Quête du soi qui est le vrai sujet du livre et qui se matérialise de deux façons :
D'abord, contraste avec les deux autres personnages masculins que le héros fréquente : Maranges qui brûle la vie par les deux bouts (ce qui est trop), et Marin qui a vécu, qui est sur le retour, dont le goût pour les péripéties se ranime au contact de l'intrépidité de son compagnon sans toutefois qu'il commette l'erreur de se bercer d'illusions puisque c'est l'apanage de la jeunesse (ce qui n'est pas assez... du point de vue de Neubourg j'entends). Et ensuite, et ça c'est bougrement astucieux, avec un affranchissement très intéressant : celui de Paris sur Paname. En effet, ce roman est un formidable témoignage de ce moment charnière où tout une page, celle qui s'écrivait sous le chapitre "parigot", se tourne. On ne quitte jamais la capitale pendant le récit, parcourant bons nombres de quartier, du 14e arrondissement cher à Michel Audiard, au 9e, 16e, 13e, en passant par Montparnasse ou la Contrescarpe. Sébastien Lapaque a su capturer ce temps où ce qui est en place depuis belle lurette va déserter la réalité pour entrer en grande pompe dans le musée secret de la ville des lumières. Musée qui se visite en rêverie nostalgique et où il est possible d'entendre Miles Davis jouer la bande originale de Ascenseur pour l'échafaud pendant que François Ier prépare une poule au pot pour Victor Hugo et Ernest Hemingway aux Deux Magots !
Dans ce roman, on a encore les décors et les codes du "cinéma de papa". Jusque-là, les nouvelles générations se contentaient de ravaler la façade, mais bientôt ça va faire place libre, bétonner, durcir, moderniser. Neubourg vit dans un temps qu'il s'est fabriqué à base de lecture et qui a commencé à mourir, un temps qui trimballe son langage, sa façon de voir les choses, ses certitudes, sa définition de l'honneur, bref des concepts qui ont déjà en partie disparus mais avec lesquels on peut encore se bercer tant qu'on n'accepte pas le fait que seul le changement est inexorable. En sortant de sa bulle pour retrouver celui qu'il considère comme son ami (mythologie du code d'honneur appartenant au passé), le jeune journaliste ne peut plus ignorer la réalité de son époque qui est en pleine mutation. Les coups violents et physiques dont on l'assène sont en opposition aux coups à peine perceptibles mais bien réels qu'il reçoit et qui ébranlent son monde idéalisé tandis qu'il arpente les rues et côtoie ses contemporains (même si certains sont comme lui).
Bref, Les Barricades mystérieuses, en plus de ces qualités littéraire et de son histoire qui ravira les amateurs de polars, est aussi un bye-bye émouvant au passé et une porte ouverte sur le présent.
L'aube du renouveau du genre policier en somme ?
À découvrir pour les uns, à redécouvrir pour les autres.

Citation

Place Denfert-Rochereau, un faux silence flottait au-dessus des statues désuètes et des squares assoupis. Autour du lion de cuivre, soudain plus lourd et plus inquiétant, la chorégraphie improvisée par les feux tricolores retenaient à peine les ombres qui glissaient dans la nuit.

Rédacteur: François Legay jeudi 11 juin 2015
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