Piste noire

Dans votre langage, vous diriez que Jane Wilkinson a une cervelle d'oiseau. C'est une expression dépréciative. Mais considérez un instant l'oiseau. Il existe et se multiplie, non ? Dans la nature, c'est un signe de supériorité mentale. La charmante lady Edgware ne connaît ni l'histoire, ni la géographie, ni les classiques, sans doute. Le nom de Lao Tseu évoquera pour elle un pékinois primé, le nom de Molière, une maison de couture. Mais quand il s'agit de choisir des vêtements, de faire des mariages riches et avantageux et d'obtenir ce qu'elle veut, son taux de réussite est phénoménal.
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dimanche 22 juillet

Contenu

Roman - Policier

Piste noire

Assassinat - Corruption - Procédure MAJ vendredi 29 mai 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20,5 €

Antonio Manzini
Pista nera - 2013
Traduit de l'italien par Samuel Sfez
Paris : Denoël, mai 2015
250 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-207-11858-0
Coll. "Sueurs froides"

Une piste noire teintée de rouge

Le titre de ce roman résonne comme un texte noir et pourtant la piste noire ne fait pas référence aux indices policiers mais à la couleur que donnent les stations de ski pour signaler la difficulté d'une descente. Mais, au départ de ce roman, ce n'est pas la dangerosité de la piste qui causera la mort mais une dameuse qui passe sur un corps à demi-caché dans la neige. Visiblement, il s'agit d'une mort programmée par un engin détourné de sa fonction première. Le commissaire Rocco (eh oui...) Schiavone est chargé de l'enquête. Une enquête des plus classiques, puisqu'il s'agit d'un travail sur le mobile, les alibis des uns et des autres. Le tout conduit même à une conclusion finale décalque des classiques du genre puisque le policier procède à l'arrestation, en battant tous ses arguments en présence des suspects et de la foule réunie pour les obsèques, dans une sorte d'apothéose où, sous couvert de fanfaronnades, Rocco Schiavone exécute une mise en scène orchestrée pour se donner le beau rôle sous les apparences de la modestie.
Et c'est cet aspect qui retient le plus l'attention dans ce roman. L'intrigue et le style sont de facture traditionnelle et se lisent de manière agréable, mais sans aucun frisson particulier. En revanche, le portrait dressé du commissaire est pointu et, surtout, drôle. Dans les premières pages, on le découvre avec une femme, l'air ennuyé, avant de comprendre qu'il s'agit d'une maîtresse. Il a aussi une épouse qu'il adore, la seule femme visiblement capable de l'empêcher de sombrer dans la mélancolie la plus sombre. Pour elle, il rêve d'une grosse fortune et de lui offrir une villa au soleil de Provence. Il n'hésite pas à se laisser corrompre ou à voler des voleurs et des trafiquants pour augmenter son pécule - cela donnera d'ailleurs lieu à une sous-intrigue qui oscille entre humour et drame au cœur du texte. Comme il est originaire de Rome, et qu'il vient d'être muté disciplinairement dans le Val d'Aoste (mais l'on comprendra que ce n'est pas pour corruption), Antonio Manzini le présente comme le citadin snob par excellence, amoureux de ses chaussures et refusant de porter d'infâmes après-skis qui certes sont laids mais ont le mérite d'être très utiles lorsque l'on marche dans la neige et avec des températures en dessous de zéro. Rocco Schiavone est donc odieux, considérant son exil au milieu de ploucs comme une humiliation supplémentaire, multipliant les conquêtes pour masquer ses faiblesses, n'hésitant pas à draguer les témoins femmes ou à fracturer les maisons pour se faire une idée sur un suspect. Le tout est montré avec drôlerie et sans moralisation, comme si tout cela était normal. Antonio Manzini crée ainsi un personnage attachant que l'on espère retrouver dans des aventures où il pourrait mettre mieux en avant ses qualités et son intelligence, au sein d'une histoire un brin plus complexe.

Citation

Non, je suis le pire des fils de pute, Luisa. Et je dois me faire face chaque jour. Dans le miroir, dans une flaque d'eau, quand je conduis, quand je mange et quand je vais aux chiottes. Et même quand je vois ce putain de ciel gris que vous avez par ici. Toujours.

Rédacteur: Laurent Greusard vendredi 29 mai 2015
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