Adieu ma jolie

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lundi 19 novembre

Contenu

Roman - Noir

Adieu ma jolie

Social - Disparition - Assassinat - Chantage MAJ lundi 04 mai 2015

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 8 €

Raymond Chandler
Farewell My Lovely - 1940
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Geneviève de Genevraye, revu et complété par Marcel Duhamel, Renée Vavasseur
Paris : Folio, juin 2000
302 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-07-041041-2
Coll. "Policier", 123

Marlowe moqueur

Un géant de deux mètres dix sème la panique dans les rues de Los Angeles et surtout dans une boîte où chantait huit ans plus tôt sa petite amie Velma. Lui, Moose Malloy, a fait de la tôle pour un braquage. Il a été dénoncé et a payé pour un gang. Des années après, il est toujours autant amoureux mais Velma a disparu, la boîte est devenue une boîte de nègres, et Philip Marlowe qui trainait dans le coin s'est pris d'affection pour le fruste lourdaud qui s'habille un peu comme un pingouin, qui a des poignes d'acier et qui surtout vient de commettre un meurtre en état presque de légitime défense.
Le détective imaginé par Raymond Chandler est l'un de ces héros urbains hard boiled qui en a sous la cafetière, qui aime s'occuper des affaires qui ne le concernent pas et qui s'en prend plus que de raison sur la calebasse. Dans ce roman écrit en 1940, il va avoir du travail. Et si on le mène en bateau tout du long, c'est bien sur un rafiot casino dans les eaux internationales qui appartient à Brunette, l'homme de la pègre, qu'il trouvera une ébauche de réponses aux nombreuses questions qu'il se pose. Dans l'intervalle, il aura été contacté par Lindsay Mariott, un gigolo fortuné, intermédiaire dans une sombre affaire de restitution d'un collier de jade moyennant trop légère rétribution. La mort de ce dernier va emporter Marlowe sur des sentiers absolument pas balisés. Hargneux et se sentant coupable de la mort de son client, il va enquêter, chercher Moose Malloy, tenter de débusquer la piste de Velma et tracer son sillage dans la police de Los Angeles. Raymond Chandler offre justement des archétypes de flics différents. Du flic qui n'en a rien à faire, Nulty (à quoi bon s'escrimer pour le meurtre d'un nègre) à l'intègre mais très solitaire et esseulé Randall en passant par un duo de flics pourris (mais pas jusqu'à la moelle) qui enfermeront Philip Marlowe dans une clinique privée où il en verra de toutes les couleurs.
Et puis il y a ce personnage d'Anne Riordan, sorte de double complémentaire de Philip Marlowe, qui traverse le roman en jouant la vierge effarouchée et la détective en herbe (très important surtout lorsque l'on sait que trois cigarettes de marihuana mèneront jusqu'à un charlatan très obscur). D'ailleurs, lorsque Raymond Chandler la décrit, on a l'impression qu'il dresse le portrait de son héros : "Elle avait une manière agréable de s'exprimer : posée, demi-cynique sans être désabusée ni vulgaire ; elle modulait bien ses mots." Cette diction qui offre à l'ensemble cet aspect ludique et jouissif s'orne d'un brin de culture quand Marlowe surnomme un flic pourri d'Hemingway ou bien lorsqu'il explique à Anne Riordan cette touche rabelaisienne qui le caractérise.
En quelques trois cents pages haletantes, le romancier dresse le portrait d'une ville et de sa banlieue gangrenées par la corruption, qui souffrent de mille maux parmi lesquelles la trahison est en veine. Mais avec cependant quelques personnages d'une certaines intégrité des deux côtés de la barrière. Et surtout, il crée un héros aux nombreuses failles. L'un de ceux qui ont de la bouteille et qui boivent. L'un de ceux qui en ont dans la tête jusqu'à la risquer. L'un de ceux qui font peur, mais surtout ont peur (la rencontre avec Brunette est à ce sujet de toute beauté). Un héros hard boiled légèrement désabusé, fortement caustique et embrumé par les vapeurs de l'alcool et la fumée de cigarette, et servi par une jolie plume métaphorique !

Citation

J'ai peur de la mort et du désespoir. Peur de l'eau noire, des faces des noyés et des crânes aux orbites vides. J'ai peur de mourir, de rentrer dans le néant, de ne pas trouver un nommé Brunette.

Rédacteur: Julien Védrenne jeudi 30 avril 2015
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