Une femme disparait

Je n'aime pas l'école. J'aime apprendre. J'aime découvrir, écarquiller les yeux et puis les fermer le soir plus riche qu'au matin. J'admire celui qui sait et est capable de partager son savoir. Mais je n'aime pas l'école.
Dominique Chappey - Caminar
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mercredi 19 septembre

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DVD - Espionnage

Une femme disparait

Huis-clos - Enlèvement - Complot MAJ mardi 07 avril 2015

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 20 €

Tout le monde ment

Iris Henderson (Margaret Lockwood) est une jeune demoiselle britannique comblée. Elle a tout vu, tout fait, et pour l'heure se trouve dans un coin reculé d'une contrée d'Europe centrale avec deux amies du même âge, en attendant de prendre un train qui la ramènera en Angleterre où elle se mariera avec un lord. Dans l'hôtel où elle réside, le chaos n'est pas loin car le train a vingt-quatre heures de retard. Aussi est-il complet ce qui offre aux premiers plans de ce film de Alfred Hitchcock un aspect drôlatique et primesautier.
En effet, Une femme disparait débute comme un film comique muet pour tout d'un coup se transformer en film parlant monté sur ressorts comme ce coucou qui sort de son horloge. Surtout, l'ambiance légère occulte un sourd complot car pendant que Miss Fray écoute à sa fenêtre un vieil homme jouer de la guitare, celui-ci meurt étranglé. Ce n'est que le premier des incidents fâcheux auxquels va être confrontée la ravissante et légèrement pimbêche Margaret Lockwood. Sur le quai de la gare, elle manque d'être tuée par un énorme pot de fleurs tombé "accidentellement" alors qu'elle aide Miss Fray à prendre l'un de ses bagages. Puis les deux femmes se retrouvent dans le même wagon, le même compartiment, en compagnie de personnes bienveillantes et pourtant suspectes. Le voyage peut commencer, et la descente aux enfers débuter pour Margaret Lockwood. Elle ne s'en doute pas, mais un complot a été ourdi pour enlever Miss Fray qui nécessite la complicité de nombre de passagers du train à commencer par une baronne, un neurologue, un magicien et une nonne. Pourquoi ? Parce que nous sommes en 1938, que les relents du fascisme viennent frapper à la porte du Royaume-Uni, qu'il est temps de raviver la flamme patriotique sinon l'Empire risque de sombre. Rule Britannia!
Donc Miss Fray disparait, mais personne ne semble s'en soucier. Heureusement, Michael Redgrave veille au grain. Tombé sous le charme de Margaret Lockwood, il interprète Gilbert Redman, un dandy anglais qui s'est pris de passion pour la musique et les danses traditionnelles. Ensemble, ils vont tenter de démêler le vrai du faux. Surtout, comme souvent dans les films d'Alfred Hitchcock, ces deux-là, plutôt ordinaires (ils n'ont aucune mission), vont perdre de leur innocence à mesure que l'étau fomenté par une horde d'espions se resserre autour d'eux. Parmi les comploteurs, certains vont tenter de les éloigner en les épargnant (à ce sujet soulignons le jeu toujours juste et excellent de Paul Lukas qui ici incarne le chef des espions, l'infâme Dr Ratz, un manipulateur de première), mais l'Anglaise est têtue, et c'est sûrement pour elle l'occasion d'une dernière dose d'adrénaline avant un mariage arrangé.
Dans cet excellent huis-clos ferroviaire, il y a de la réflexion, des bagarres, du machiavélisme, des acrobaties, des coups de feu échangés et des heureux hasards - on se demande cependant quel est le problème du réalisateur anglais avec le cricket (deux Anglais vont mentir parce qu'ils ne veulent pas rater leur correspondance pour Londres et surtout risquer de manquer le match au sommet de la saison ; l'un d'eux est joué par Basil Radford, habitué des films d'Alfred Hitchcock puisqu'il a déjà joué dans Jeune et innocent et qu'il sera à l'affiche de La Taverne de la Jamaïque).
Mais dans ce train, tous les innocents mentent. Surtout les innocents anglais qui souhaitent cacher une autre culpabilité. Le Dr House avait raison de ne croire personne. Les deux héros de ce film vont l'apprendre bien malgré eux (les deux autres Anglais, un homme et une femme, forment un couple adultère qui est en train de rompre ; elle n'accepte plus ses tergiversations, et lui s'enferme dans une lâcheté "honorable" qui scellera son sort de bien triste manière). Mais revenons à Miss Fray. C'est une espèce de Miss Marple débonnaire, on ne voit pas de raisons qui pourraient susciter son enlèvement. Et pourtant... Elle aussi est anglaise, elle aussi est têtue !
Réalisé en 1938, ce film d'espionnage tout en tension et en rythme allie comédie romantique et drame avec brio sur fond de justification héroïque symbolique. L'intrigue est limpide, les rebondissements logiques. Surtout, les cadres sont magnifiques, les jeux d'ombre et de lumière de toute beauté. Les dialogues minimalistes sont excellemment écrits. Et l'humour omniprésent réussit à amplifier la tension. Une femme disparait est un film d'une rare d'intensité. C'est l'un des plus intéressants et aussi l'un des plus aboutis films d'espionnage d'Alfred Hitchcock. Un must.

Une femme disparait (93 min) : réalisé par Alfred Hitchcock sur un scénario d'Alma Reville, Sidney Gilliat et Frank Launder, d'après le roman The Wheel Spins d'Ethel Lina White. Avec Margaret Lockwood, Mikael Redgrave, Paul Lukas, Dame May Whitty, Cecil Parker, Linden Travers, Basil Radford, Nauton Wayne...
Bonus. Alfred Hitchcock, extrait de la série Les Hommes qui ont fait les films (60 min). "L'Espionnage selon Hitchcock" (Épisode 1 - 14 min.) par Linda Tahir Meriau & Christophe Champclaux.

Citation

On ne ficelle pas une nonne pour passer le temps.

Rédacteur: Julien Védrenne mardi 07 avril 2015
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