La Résurrection de Luther Grove

Mais Rembrandt ne m'émeut pas. Il pèse des tonnes. Moi, ce que j'aime, c'est un pinceau qui bouge, pas un pinceau qui touche. Un pinceau qui tire une pâte ductile et onctueuse, pas un pinceau qui superpose, amasse, accumule, grumelle des petites touches jusqu'à en maçonner la toile.
Patrick Weiller - Saisis au vol
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

1994
Il est très symbolique que le troisième roman d'Adlène Meddi s'ouvre et se clôture par une scène ...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

mercredi 14 novembre

Contenu

Roman -

La Résurrection de Luther Grove

Social - Huis-clos - Énigme - Disparition MAJ jeudi 02 avril 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21,8 €

Barry Gornell
The Healing of Luther Grove - 2012
Traduit de l'anglais (Écosse) par Nathalie Bru
Paris : Mercure de France, février 2015
208 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-7152-3511-3
Coll. "Mercure noir"

Retour au terroir

La campagne profonde et reculée des Highlands. John et Laura Payne décident de quitter la ville avec leur petite fille Molly pour s'y installer. Leur voisin, l'énigmatique Luther Grove est un homme des bois, espèce hirsute et sauvage, propriétaire de sa cabane et surtout refusant que l'on passe par SA route qui est un raccourci important pour rejoindre le village. Un original mal vu des locaux et dont la femme a disparu juste après la noyade de leur fille unique. Avec un tel début, le lecteur se sent en terrain balisé : la pression, la sauvagerie, la terreur des nuits venteuses avec un tel voisin... Pourtant, l'originalité se manifeste dès les premières pages car le nouveau propriétaire terrien qu'est John Payne semble en froid avec sa femme, et celle-ci sympathise avec leur voisin au grand dam du mari qui est justement venu à la campagne pour éviter que sa femme ne trouve trop d'occasions d'être infidèle... Lorsqu'arrive le frère de John, la tension augmente. Le frère est un homme violent qui pousse John Payne à boire, et lui a des comptes à régler avec la société.
Le roman décrit en quelques scènes choc le dialogue de sourds qui s'instaure entre habitants des villes venus "coloniser" la campagne et "indigènes" autochtones qui y vivent calmement. Ce n'est sans doute pas un hasard si Luther Grove dispose d'une grande cave débouchant sur des grottes où subsistent des traces datant des temps anciens ou si le roman s'ouvre par une scène où Luther Grove, cet être sauvage, tue et dépèce des lapins.
Le roman commence de manière extrêmement chronologique, et l'on sent une montée exponentielle de la tension. Puis l'Écossais Barry Gornell fait basculer avec maîtrise (rappelons que ce n'est que son premier roman) son histoire dans le drame avec une intrigue qui vire au noir et où les "méchants" ne sont pas forcément ceux auxquels on est en mesure de s'attendre. À cet instant, le récit est plus chaotique, la suite logique des événements dépend du point de vue des personnages, montrant une volonté stylistique dans la forme.
Peut-être faut-il déjà voir toute une symbolique dans la construction de la maison des Payne, ces nouveaux propriétaires. Ils ont acheté une veille ferme dont les pièces sont conservées, ouvertes, et enserrées dans la nouvelle structure moderne qui les entoure. De même, le regard est si différent selon les points de vue ! Pour les arrivants, le lac au bout de leur propriété est une immense piscine où ils pourront se baigner. Pour Luther Grove, c'est avant tout l'endroit sacré où sa fille est morte. Les lieux sont inconciliables, les pensées aussi. Pourtant, il faudra revenir aux temps anciens et à une rédemption, quasiment par un sacrifice humain, pour aboutir à un équilibre précaire, éloigné de celui que le lecteur attendait en lisant les premières lignes, faisant ainsi de La Résurrection de Luther Grove une très bonne trouvaille qui a bien sa place au "Mercure noir".


On en parle : L'Indic n°23

Citation

Luther Grove en avait abattu quatre et cela lui suffisait. Trois avaient reçu une balle entre l'œil et l'oreille et s'étaient effondrés aussitôt ; le quatrième avait décrit une pirouette dans les airs, mort avant de toucher le sol.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 02 avril 2015
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page