Manuel de dramaturgie à l'usage des assassins

Un bon livre, Marcus, ne se mesure pas à ses derniers mots uniquement, mais à l'effet collectif de tous les mots qui les ont précédés. Environ une demi-seconde après avoir terminé votre livre, après en avoir lu le dernier mot, le lecteur doit se sentir envahi d'un sentiment puissant ; pendant un instant, il ne doit plus penser qu'à tout ce qu'il vient de lire, regarder la couverture et sourire avec une pointe de tristesse parce que tous les personnages vont lui manquer. Un bon livre, Marcus, est un livre que l'on regrette d'avoir terminé.
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jeudi 15 novembre

Contenu

Roman - Noir

Manuel de dramaturgie à l'usage des assassins

Psychologique - Enquête littéraire - Assassinat MAJ jeudi 16 juillet 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Jérôme Fansten
Paris : Anne Carrière, février 2015
460 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-84337-739-6

De la gémellité considérée comme l'un des beaux-arts

L'autofiction, un des courants de la littérature contemporaine, a été ainsi nommé tant il cherche à faire œuvre avec un matériau basique - la vie même de celui qui écrit. Jusqu'à présent, ce phénomène touchait principalement des auteurs qui évoquaient leur vie intime ou des problèmes qui les touchent. Parfois, des auteurs de romans policiers ont utilisé des situations qu'ils connaissaient, c'était surtout par rapport à leurs activités professionnelles - flics, voyous, juges, médecins... Ici, servi par une ironie mordante, Jérôme Fansten se lance à fond. Le prétexte de départ est simple : un scénariste du nom de Jérôme Fansten tente de gagner sa vie dans le dur monde de l'écriture. Et il doit également travailler sur un livre pour expliquer aux écrivains comment écrire. Cependant, les choses se compliquent continuellement. Tout d'abord, l'auteur n'est pas un mais deux. Il a un frère jumeau et chacun d'eux vivant à mi-temps dans la cave pour écrire et à mi-temps à l'air libre pour vendre ce qu'il produit. Ensuite, il vit (on gardera le singulier pour la compréhension) dans un appartement loué par sa mère. Celle-ci est morte, mais il la conserve dans le congélateur pour continuer à profiter d'un bas loyer. En même temps, il a promis à sa mère de la venger des violeurs qui l'ont martyrisé il y a quelques années. C'est pratique : l'un des deux se fera bien voir dans une soirée tandis que l'autre commettra le crime parfait. Mais comme la police a des soupçons, Jérôme Fansten demande, dans le cadre de son travail, à travailler avec l'équipe qui enquête sur leur dernier crime... Ajoutons que, pour boucler les fins de mois, Jérôme est également dealer de drogue dans les milieux artistiques lorsqu'il est repéré par un policier et se voit contraint de jeter la drogue. À présent, il va lui falloir rembourser un truand turc qui n'est pas très conciliant. En même temps il doit jongler avec ses amours. Là aussi c'est compliqué car il a plusieurs jeunes femmes en vue (ou sous les couettes) et comme il partage sa vie sexuelle et sentimentale avec son frère, les deux jumeaux passent leur temps à se laisser des mots pour expliquer ce qu'ils font et comment. Évidemment, une femme va devenir très amoureuse et va vouloir connaître la maman congelée...
L'auteur sait monter son intrigue et mener son monde en bateau : est-il sérieux ? Ironique ? Quand ? La jonction entre le réel et la fiction est omniprésente. Il a besoin de tuer quelqu'un en prison. Hop, il se rappelle qu'il a été écrivain en "résidence" en prison. Il suffit d'y retourner pour flinguer sa victime. Puis, il glisse un article tiré d'un journal local (reproduit comme document dans le corps du texte) qui raconte la visite de Jérôme Fansten dans une prison. À la maison, il parle avec son mère morte qui lui répond à travers le langage codé des ronrons du congélateur. Dans l'essai qu'est censé écrire l'auteur, et dont nous lisons des extraits, les méthodes détaillées pour développer une intrigue, chercher des motivations aux personnages, ressemblent par contre-coups aux rebondissements de l'histoire qui nous est racontée. Tous les éléments de ce roman, appuyés sur un humour pince sans rire où nous suivons avec délectation un héros qui tombe de Charybde en Scylla, qui ment constamment aux autres (et peut-être au lecteur : a-t-il vraiment un jumeau ?), se répondent constamment pour écrire un roman noir hors norme, jouant des codes du genre, furetant selon son bon plaisir et parvenant à nous le transmettre.

Citation

Le nombre de naufrages dans l'industrie cinématographique ne pousse pas les vainqueurs à la modestie. Ni les vaincus, d'ailleurs. C'est l'un des rares domaines à ma connaissance où même les losers continuent de se prendre au sérieux.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 09 mars 2015
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