Le Toutamoi

À croire qu'il y avait plus triste que les pauvres sans aucun argent à dépenser : les riches qui ne savaient plus ou ni comment dépenser le leur.
Percy Kemp - Noon Moon
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Dégradation
Le titre français de ce roman de Benjamin Myers évoque l'idée d'un univers qui va vers sa dispari...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

mercredi 26 septembre

Contenu

Roman - Noir

Le Toutamoi

Psychologique - Social MAJ mardi 10 mars 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17 €

Andrea Camilleri
Il Tuttomio - 2013
Traduit de l'italien par Serge Quadruppani
Paris : Métailié, février 2015
138 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 979-10-226-0143-6
Coll. "Noir - Bibliothèque italienne"

Femme-enfant

Pour Georges Simenon, l'on a coutume de parler de sa série avec le commissaire Jules Maigret d'une part et de ses "romans durs" d'autre part. Comme s'il y avait une différence entre une activité littérature policière avec forces de police et une autre avec l'étude d'éléments plus axés sur un individu, une société, une psychose. Le même phénomène pourrait s'appliquer au cas Andrea Camilleri : d'un côté, les diverses aventures qui mettent en scène un commissariat italien, centré autour du commissaire Montalbano et, d'autre part, des textes plus uniques qui n'hésitent pas à aller puiser du côté du psychologique, intenses et souvent plus psychiatriques. C'est le cas ici avec Ariana et son mari Giulio. Ce dernier, âgé, est incapable d'honorer son épouse, pour des raisons physiques, mais comme il veut son bonheur, il lui "offre" quasiment sur un plateau de jeunes garçons, qu'elle sélectionne sur une plage, pour une séance charnelle auquel il assiste. La seule règle fixée est que chaque partenaire ne doit lui servir que deux fois. Que risque-t-il de se passer lorsqu'Ariana décide de déroger elle-même à cette règle, parce que le nouveau partenaire, Mario, est un jeune garçon très empressé et pressant ?
Le récit pourrait osciller entre cette double tension qui apparaît chez l'héroïne. Comment concilier son amour pour son mari et son besoin de sécurité, car Giulo est riche, et cet acharnement amoureux dont fait preuve Mario, acharnement qui lui fait plaisir en même temps qu'il l'effraie ? Le départ de Giulo pour l'étranger pour mettre à jour des affaires importantes risque de précipiter la crise.
S'inspirant d'une histoire vraie, Andrea Camilleri complique encore la donne avec une série de flashbacks qui évoque l'enfance et l'adolescence du personnage central - une initiation difficile à la vie entre parents absents et voisins libidineux, dans une campagne sordide. Pour s'en sortir, Ariana s'est inventé toute une série de rites, aussi étranges que glauques. Or, à présent qu'elle s'est sorti de cet univers, qu'elle est une jeune femme moderne, intégrée dans la vie du monde capitaliste, a-t-elle réellement perdu ses racines ? Pourquoi continue-t-elle à récupérer des animaux morts qu'elle a l' air de conserver précieusement ou de parler à une poupée qu'elle cache dans un recoin de son grenier ? En tout cas, l'univers policé dans lequel elle vit pourrait perdurer longtemps, mais l'intrusion de Mario risque d'aggraver des fractures peu visibles.
Comme toute fissure, cela commence par de petits riens et Andrea Camilleri utilise tout son talent de raconteur pour les mettre en scène, les décrire s'agrandir lentement. Il montre comment elles gangrènent et pourrissent toute l'histoire insidieusement. Le style neutre, très proche de celui de Georges Simenon, renvoie avec justesse à cet univers mental si étrange qui peu à peu colonise un texte captivant.

Citation

Elle ne sait vraiment pas rester longtemps avec deux hommes, elle est faite ainsi, pendant quelques jours elle arrive à tenir le coup, mais ensuite ça suffit.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 09 mars 2015
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page