Le Cannibale de Crumlin Road

- Ne vous laissez pas envahir par la haine, c'est un sentiment destructeur. Et vous avez votre vie à reconstruire. - Je ne la reconstruirai pas sur des cadavres impunis, docteur ! Je souffre depuis trop longtemps pour ça...
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jeudi 20 septembre

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Roman - Noir

Le Cannibale de Crumlin Road

Social - Tueur en série - Hard boiled - Disparition MAJ mardi 03 mars 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21,5 €

Sam Millar
The Dark Place - 2010
Traduit de l'anglais (Irlande) par Patrick Raynal
Paris : Le Seuil, janvier 2015
296 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-02-113570-1
Coll. "Policiers"

Mélancolie cynique

Jonathan Swift, James Joyce, Samuel Beckett, Colin Bateman ou Ken Bruen : autant d'auteurs irlandais qui nous viennent à l'esprit et qui ont (eu) des écritures spéciales, que ce soit au niveau du style ou de la façon de concevoir des intrigues. En ce qui concerne les auteurs plus proches du roman noir, on sait que cela va indiquer des intrigues étranges, des remugles de bières rotées, de messes mal assimilées, des anciens de l'IRA qui n'ont pas totalement rompus, et de bagarres qui vont laisser de multiples bleus aux corps et aux âmes.
Karl Kane, le personnage imaginé par Sam Millar, est un privé local, un véritable détective hard boiled à la sauce irlandaise : séparé de sa femme, il est amoureux de sa secrétaire, picole sec et doit constamment composer avec les forces de police, qui ont de plus, le mauvais goût d'être dignement représentées par son ex-beau-frère... Comme toujours, il y a une histoire qui n'intéresse pas la police. Celle d'une sœur disparue et d'une commanditaire inquiète. Rapidement, le détective fait le lien avec de nombreux meurtres. Le coupable semble engraisser ses victimes pour ensuite dévorer quelques parties succulentes de leur corps (après tout c'est ce que préconisait le Jonathan Swift précité pour réduire à la fois le chômage et la misère : manger les enfants des populations pauvres). Mais ses soupçons le portent sur une figure de la vie locale, un riche notable qui fait des dons réguliers aux forces de police - donc il est forcément innocent ! Plus Karl Kane s'approche de la vérité, plus il sent bien qu'il énerve son suspect, dont les méthodes pour entraver son enquête révèlent son ambivalence. Tour à tour, il le fait bastonner et tente de le soudoyer avec des mallettes remplies de jolis billets. Mais Karl Kane exaspère aussi son ex-beau-frère qui ne supporte pas que l'on marche sur ses plate-bandes et que l'on embête un concitoyen si généreux. Aussi, tout se complique lorsque Karl Kane se permet de s'introduire en cachette dans l'antre du tueur...
Dès le départ, le roman se place sous de biens sanglants auspices : un jeune garçon vit une passion amoureuse avec une femme plus âgée, mais cette dernière lui dit que ce sera la dernière fois. Quelques heures plus tard, lors d'une chasse, le jeune homme abat la femme. Par la suite, les coups vont pleuvoir et les verres se vider. Si quelques scènes évoquent le tueur et ses activités (principalement la peur qu'il inspire à ses victimes ou les séances de gavage), la majorité raconte, avec cette politesse du désespoir, noyée dans un océan de cynisme, les démêlés de Karl Kane avec la police, son ex-femme, sa fille et le tueur. Mélange réussi entre descriptions de longues bagarres dans un pub, de la lutte finale dans les sous-sols d'une prison désaffectée avec arbalètes à la clé, et de scènes plus intimistes - dont une scène d'anthologie où le personnage raconte comment il a surpris son ex-femme dans leur lit conjugal avec une autre femme!. Le Cannibale de Crumlin Road n'est pas un énième récit sur un tueur en série, mais une nouvelle preuve de la vitalité et du mauvais goût réjouissant de la littérature irlandaise.

Citation

Son cul le picotait terriblement, tel Spiderman pressentant un danger.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 03 mars 2015
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