Fatale

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vendredi 15 décembre

Contenu

Bande dessinée - Noir

Fatale

Social - Tueur à gages - Urbain MAJ vendredi 19 décembre 2014

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Doug Headline (scénario), Max Cabanes (dessin)
Scénario adapté de l'œuvre de Jean-Patrick Manchette
Marcinelle : Dupuis, septembre 2014
136 p. ; illustrations en couleur ; 31 x 24 cm
Coll. "Aire libre"

L'art du chantage

Max Cabanes n'en est pas à sa première adaptation des romans de Jean-Patrick Manchette. Sa collaboration avec Doug Headline, fils du romancier, est aussi magistrale qu'impitoyable : il y a chez Manchette cette écriture fluide et sèche, parfaitement séquencée, qui invite et incite à l'adaptation, comme si le romancier avait auparavant pensé à ce que cela donnerait plan par plan. Nul doute qu'il avait alors une idée toute cinématographique en tête. L'adaptation est fidèle et le dessin éblouissant. Tout au long de ces cent trente pages, Max Cabanes allie souci du détail et maîtrise d'un trait. Les couleurs qu'il utilise sont autant de coups de projecteurs sur la petite bourgade de Bléville où Aimée Joubert, une femme énigmatique, va foutre un sacré bazar sanguinolent.
Fatale, c'est la face sombre du Continental Op de Dashiell Hammett, et c'est d'autant plus flagrant dans cette bande dessinée puisque Max Cabanes et Doug Headline vont à l'essentiel. C'est l'héroïne qui va mettre un terme à la corruption urbaine (mais sans qu'on ne lui demande) en éradiquant tout le monde. Ici, cette femme dont on ne connait pas véritablement les motivations avant un final meurtrier, arrive auréolée d'un statut de tueuse. Elle s'installe, elle s'insinue, elle observe. Elle doute mais on ne le perçoit pas tellement. Et puis il y a ce baron qui du haut de sa demeure espionne les astres et emmagasine les petits secrets des notables, à moins que ce ne soit l'inverse. Toujours est-il que le baron, qui aime se retenir de pisser avant de singulièrement y aller de son jet d'urine sur les lambris des maisons bourgeoises et cossues, a en sa possession de quoi faire voler en éclat tout ce beau monde. À commencer par le journaliste du coin, qui aimerait faire éclater au grand jour des scandales qui lui assureraient une gloire méritée, et qui s'il le souhaitait pourrait se sacrifier et l'obtenir... Alors Fatale se met en branle et dresse un plan comme à son habitude. Sauf que les habitudes ont la vie dure, et que la mort guette.
C'est ce roman dense qui est adapté avec talent et mis en dessin avec encore plus de talent. Chaque planche est une œuvre en elle-même. Max Cabanes agit en révélateur des pulsions de la tueuse, plus succube, plus dérangée que jamais. Belle, outrancière et insondable, elle ne mange pas mais elle bouffe tout en se masturbant dans son bain ou en lisant des romans policiers. Elle n'est pas justicière. Elle se nourrit de la malhonnêteté avec talent. Le chantage est élevé au niveau de l'art. Les habitants de Bléville sont autant de monstres qui vont être chassés comme des monstres et exterminés en mode boucherie nocturne. C'est tout simplement brillant, et sans aucun doute l'un des albums one shot de l'année.

Illustration intérieure


Citation

Par instants, ses dents s'entrechoquaient, son estomac palpitait, elle suait... Une fois à l'intérieur, elle ne ressentit rien... À ce moment, elle aurait pu reparir, regagner la gare... Ouvrir tous les casiers de la consigne automatique... Prendre l'argent et disparaitre, par le train de 4 h 35.

Rédacteur: Julien Védrenne mardi 16 décembre 2014
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