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Essai - Policier

Affaire Dils-Heaulme : la contre-enquête

Assassinat - Procédure - Faits divers MAJ vendredi 19 décembre 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 8,5 €

Emmanuel Charlot
Avec la collaboration de Vincent Rothensburger
Paris : Points, octobre 2014
644 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-7578-4801-2
Coll. "Crime"

La fabrique du coupable

Que dire dans cette distance qui est la nôtre aujourd'hui de l'affaire Dils ? D'une manière très puissante, l'ouvrage s'ouvre sur la douleur d'une mère qui ne s'est pas refermée, des années après le meurtre de son fils. Une mère qui aura appris par la presse cette mort, par une journaille qui osa en livrer les détails horribles sans se soucier de l'impact de telles images sur la famille éplorée. Le témoignage de cette mère est superbe, poignant. Mais à quel prix ! Celui de douze années de thérapie psychiatrique, d'un divorce et d'enfants survivant plutôt mal au milieu d'une famille brisée à tout jamais. Celui de sa solitude enfin, aujourd'hui et pour toujours. Seize ans de procès avec au bout, plus de coupable du tout. Sinon Heaulme s'invitant dans ce désert, tandis qu'à soixante-dix ans, elle se demande encore ce qui a bien pu arriver à son fils, le 28 septembre 1986. Tous les procès, toutes les procédures sont décryptées dans cet ouvrage saisissant. Dils, condamné en 1989, témoigne. Quinze ans de prison pour rien. Emmanuel Charlot lui-même, l'auteur, raconte et se raconte dans cette histoire qui prend bien vite la forme d'un journal intime. Elle en a le ton, vrillé au plus profond de l'enquête comme si l'auteur l'avait portée des années durant. Avec un écœurement perceptible devant la presse et la manière dont elle traita l'Affaire. Tout comme devant la police et ses négligences. Ou devant les tribunaux et leur incompétence. À quoi tient le Droit français ?... On ne peut qu'en être stupéfait, effrayé, effaré. Emmanuel Charlot, lui, est allé jusqu'au bout de ce qu'il était possible de démonter dans cette affaire bâclée, rencontrant les protagonistes, les familles, relevant les approximations de l'enquête de police, sinon de graves fautes, quand sur les lieux du crime par exemple, ils écartèrent les vêtements des garçons de l'expertise médicale ! Cette légèreté des relevés d'indices est littéralement terrifiante ! D'autant qu'il semble qu'il n'y ait aucun garde-fou en France : une fois l'enquête démarrée sur de mauvaises bases, rien jamais ne parvient à empêcher le train fou de la Justice d'aller dans le mur ! Emmanuel Charlot relève ainsi toutes les autres pistes non explorées, et le manque absolu de contrôle des interrogatoires de police, fabriquant du coupable à tout va, au petit bonheur la chance. On sort atterré de cette lecture. Et là encore, on se dit qu'à tout prendre, il vaudrait mieux confier ce genre d'enquête à des journalistes d'investigation plutôt qu'à des magistrats ou des policiers... Lesquels, des années plus tard, loin de reconnaître leur fiasco et de faire leur mea culpa, ne font que pratiquer une langue de bois odieuse...

Citation

Mon style, c'est l'opinel et j'étrangle à mains nues.

Rédacteur: Joël Jégouzo jeudi 11 décembre 2014
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