Un siècle d'espionnage

J'ai toujours prétendu qu'il fallait accorder un crédit plus que mitigé aux aveux spontanés des repentis du terrorisme... dit-il ; ils sont trop pressés de se faire pardonner pour être honnêtes !
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Beau livre - Espionnage

Un siècle d'espionnage

Politique - Historique - Guerre MAJ vendredi 14 novembre 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 30,9 €

Renaud Thomazo
Paris : Larousse, octobre 2014
130 p. ; 30 x 24 cm
ISBN 978-2-03-590012-8
Coll. "Les Documents de l'histoire"

Qui manipule qui ?

Une fois encore, ce nouveau titre rend hommage aux ambitions de la collection : celles de se servir de la transversalité d'un thème pour balayer un grand pan de l'Histoire de France. Plutôt que de remonter au Chevalier d'Éon et autres ancêtres de James Bond, Renaud Thomazo a préféré démarrer par la plus formidable des affaires de manipulation ; celle du Capitaine Dreyfus. Ici, la 007 de service est une femme de ménage quasi illettrée (Marie Bastian, nom de code "Hubert") qui vide les corbeilles du colonel Schwartzkoppen, attaché militaire à l'ambassade allemande. "Quand elle quitte l'ambassade d'Allemagne avec les documents dissimulés dans un cornet de papier, Marie Bastian se rend à l'église Saint-François-Xavier ou à Sainte-Clotilde et les remet au colonel Henry, de la Section des statistiques." C'est ainsi qu'en 1894, une "lettre-missive" déchirée en quatre "entrera dans l'histoire sous le nom de bordereau"... Pauvre Mata Hari, séduisante espionne un peu sur le retour, fusillée pour l'exemple ! Passionnante séquence sur Jean Cremet, jeune syndicaliste de la CGT devenu pilier du tout jeune Parti communiste en 1920. Il gravit les échelons jusqu'à devenir "L'Hermine Rouge" chef d'un réseau d'espionnage tentaculaire destiné à pomper le maximum de renseignements industriels pour les Soviets par l'intermédiaire des syndiqués du PCF. Voilà pour la partie "ouvrière". Pour le "gratin" (cadres et politiques) c'est la baronne Stahl, Russe blanche retournée dans tous les sens du terme qui s'y colle...
Qui a cassé le code de la formidable Enigma, machine à crypter les messages nazis ? Qui était Mathilde Carré, dite "La Chatte", double, triple, quadruple espionne ? Évitons d'accoler le mot "Manipulations" avec son pseudo pour ne pas tomber dans la vulgarité, mais jamais il ne fut aussi évident. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Général de Gaulle en exil créé le BCRA dont le service Action rassemble des réseaux résistants. Celui-ci deviendra la DGSS puis le SDECE puis, en 1982, la DGSE, alors que, parallèlement, "la DST luttera contre les espions venus de l'Est... ou des États-Unis !". Voici Edmond Latham, un agent double qui intoxique les nazis ; l'Amiral Darlan "dauphin du maréchal Pétain" assassiné à Alger par un jeune "exalté nationaliste", Fernand Bonnier de la Chapelle. Cet instrument d'un complot ourdi sans doute par de Gaulle sera promptement fusillé. Les communistes puis les indépendantistes algériens vont fournir du travail aux services secrets français. La "Main Rouge" est l'un de leurs plus grands coups de bluff. Cette organisation criminelle assassine leaders et personnalités d'abord en Tunisie puis en Algérie avant de s'attaquer aux fournisseurs d'armes du FLN en faisant exploser cinq bateaux ! Quelle puissance de feu ! Un livre est même publié sur ce terrible groupe. Renaud Thomazo conclut "que cette organisation n'a jamais été autre chose qu'un 'faux-nez' dissimulant les opérations du service Action du SDECE. Parfaitement informés, l'Élysée et Matignon donnaient leur accord au directeur du SDECE, qui laissait le colonel Mercier, le véritable chef de la Main rouge, agir à sa guise, mais discrètement." Autre "beau" travail, celui de la rumeur du retournement de nombreux combattants entretenue dans les rangs du FLN, rumeur qui mènera à l'exécution de près de deux mille personnes. Autres affaires traitées : l'enlèvement du leader de l'opposition marocaine Ben Barka ; le diplomate Georges Pâques qui travaillait pour les Russes ; les parties fines de l'affaire Markovic qui emportèrent dans la tourmente les Delon et les Pompidou ; la manipulation du Front de Libération de Bretagne. Vous voulez un petit précis d'espionnage ? Découvrez les manœuvres de la CIA pour infiltrer le siège du PCF et surtout le tordant article dans la page fac-similé de l'Humanité. Puis, petit tour au Vatican avant d'attaquer les dessous de la Françafrique avec son pilote retors, le discret Jacques Foccart. Le livre se termine avec l'affaire Farewell ou comment un haut gradé russe est devenu une taupe pour les Français ; le sabotage du Rainbow Warriornbsp;; les attaques contre Charles Hernu qui lui aurait été un agent de l'Est.
Au final, un excellent travail qui ravivera la parano de Jason Bourne. Un livre motivant truffé de documents, de pistes vraies ou fausses, de rumeurs et suppositions, souvent sans explications définitives. Tant pis, ou plutôt tant mieux : les affaires restent en suspens...

Citation

Le 'bunker' communiste s'avère difficile à pénétrer par la DST qui, depuis 1975 et la calamiteuse affaire des micros du Canard Enchaîné, n'ose plus se livrer à ce genre de 'plomberie'. Mais, cette fois, ce n'est pas elle qui va se faire pincer !

Rédacteur: Michel Amelin vendredi 14 novembre 2014
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