Moi, assassin

Maman est paniquée, terrorisée, elle pleure abondamment, c'en est presque indécent pour une fille du peuple slave. Un ravin s'est creusé contre son nez et le flux permanent s'est dégagé un estuaire dans la bouche. Ses yeux violacés, pochés, turbinent comme une usine à deuil.
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jeudi 19 juillet

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Bande dessinée - Thriller

Moi, assassin

Politique - Tueur en série - Artistique MAJ vendredi 17 octobre 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Public averti

Prix: 19,9 €

Antonio Altarriba (scénario), Keko (dessin)
Traduit de l'espagnol par Alexandra Carrasco-Rahal
Paris : Denoël, septembre 2014
136 p. ; illustrations en couleur ; 28 x 22 cm
ISBN 978-2-207-11688-3
Coll. "Graphic"

Art de tuer

Enrique Rodríguez Ramírez est un universitaire et historien d'art basque qui tue pour passer le temps. Ses crimes, il les veut gratuits avec un modus operandi à chaque fois différent ce qui, affirme-t-il, ne fait pas de lui un tueur en série. Comme d'autres ont tout lu Kropotkine, lui a lu De Quincey et Sade, et il se considère comme un esthète qui peut agir impunément. S'il avait lu un peu plus de mauvais thrillers industrialisés et quelques bons romans criminels, il saurait qu'un grain de sable vient fatalement gripper un engrenage particulièrement bien huilé.

En guise de grain de sable, il va en avoir une petite poignée dans cette excellente bande dessinée en noir et blanc où est parfois jeté un rouge écarlate comme autant de gouttes de sang qui mènent infailliblement à l'assassin. C'est tout d'abord sa femme qui constate qu'ils vivent chacun de leur côté et que donc elle peut - doit - partir, quitter le foyer conjugal, et vivre de ses propres ailes et acquérir elle aussi une certaine renommée par sa relecture du conte Blanche-Neige. C'est ensuite l'une de ses étudiantes, qui est aussi sa maîtresse, et qui voudrait bien mettre en œuvre avec lui ses convictions quant au crime artistique et qui, las de ses pulsions non apparentes ou de ses non pulsions qu'il prend un plaisir fataliste à mettre en avant, le quitte également mais parce qu'elle ne peut supporter un homme qui ne vit pas en adéquation avec ses idées. C'est enfin un collègue rival, qui a remarqué une certaine tâche de sang sur un costume, qui va se servir de lui pour l'incriminer dans un meurtre qu'il n'a pas commis, et le faire renvoyer de l'université où il travaille en supprimant les subventions allouées à son groupe de recherche "Art et cruauté" et à sa revue Tremula - le monde n'est pas seulement cruel, il est injuste et biaisé par les jeux politiciens que l'on retrouve dans tous les rouages administratifs.

C'est ainsi que tel Al Capone, emprisonné pour fraude fiscale à défaut de la preuve de ses nombreux autres crimes, Enrique Rodríguez Ramírez se retrouve sur la sellette avec des idées de vengeance plein la tête. Des idées de vengeance qui découlent principalement des années 1980 et de ces luttes idéologiques et politiques perpétrées ici et là, et surtout dans les milieux gauchistes, voire indépendantistes - l'université étant le lieu de ce genre de débats par excellence, surtout au pays Basque avec ses mouvements indépendantistes qui entendent bien instrumentaliser les moindres conflits d'intérêt.

Le scénario d'Antonio Altarriba nous plonge dans une bande dessinée bavarde où le jargon universitaire est roi, et où les grandes envolées côtoient la médiocrité égocentrique. L'ensemble est très plaisant et se lit avec une jubilation née du ton éminemment sarcastique, caustique et noir. À partir ce tout ça, Keko fait preuve à la fois d'une grande maitrise picturale (de nombreux tableaux sont d'ailleurs introduits dans le décor) et d'un sens artistique propre profond. Il utilise une méthode qui a fait ses preuves pour un dessin adulte (en cela qu'il y a deux-trois vignettes érotiques dont une fellation élevée au rang d'œuvre d'art) : un clair-obscur dans la lignée de celui de Will Eisner parsemé de rouge écarlate et où éclatent quelquefois des images qui nous font comprendre pourquoi il a été de l'aventure Métal hurlant.
C'est ainsi que le duo d'auteurs formé pour l'occasion nous offrent une bande dessiné de bonne facture qui oscille entre thriller esthétique et noir morose.

Illustration intérieure


Récompenses :
Grand Prix de la critique ACBD 2015

Citation

Gustavo Flores offrait un matériau de premier choix pour débuter dans la performance... Je ne pouvais pas le rater... À vrai dire je n'ai même pas réfléchi... Je me suis laisser guider par ses propres partis pris... Tout en y introduisant une variante... J'ai transformé son balancement frivole sur la toile en un athentique, radical et pu 'Bloddy Painting'...

Rédacteur: Julien Védrenne vendredi 17 octobre 2014
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