Bonbons atomiques

Parce que Milan, la vraie, grouillait de vie et pour la respirer, il fallait la vivre derrière les façades des immeubles, derrière les halls, à l'intérieur de ces vieilles cours dont peu de gens connaissaient l'existence. Il avait appris plus de choses dans le tram ou dans les bars, ou dans ces boutiques qui depuis avaient disparu, qu'en dix ans à l'école. Il avait eu une enfance pauvre. Mais il répétait toujours qu'il ne l'aurait jamais échangée contre une autre.
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Bande dessinée - Noir

Bonbons atomiques

Social - Hard boiled MAJ mercredi 01 octobre 2014

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21,8 €

Anthony Pastor (scénario & dessin)
Arles : Actes Sud, janvier 2014
254 p. ; illustrations en couleur ; 24 x 17 cm
ISBN 978-2-330-02819-0
Coll. "L'An 2"

Sweet adultère

Sally Salinger s'entraîne au maniement des armes à feu : dans son métier, cela rassure les clients. Et puis, ces séances de tir, cela finira certainement par la convaincre qu'elle l'exerce vraiment, ce métier de détective, dont elle est a hérité de son mari, disparu dans la nature... Ne manque plus qu'une affaire à résoudre pour assumer définitivement ce nouveau statut. Sally n'aura même pas à aller la chercher bien loin car elle se présente en la personne de Camilla Sweet, mère d'un copain de classe de son fils Jason. Car ce n'est pas pour les relations entre les deux ados - comme le pensait d'abord Sally - que Madame Sweet vient aborder madame Salinger dans les vestiaires du Trituro Fitness. Non, c'est parce que madame Sweet soupçonne monsieur Sweet d'être sur le point de la tromper avec cette nouvelle assistante, qu'il vient d'embaucher. Voilà donc Sally Salinger sur sa première vraie enquête : un adultère à constater. Du classique pour une détective. Mais, en commençant à s'intéresser de près à la vie de Douglas Sweet, patron de la plus grosse entreprise de la ville, premier pourvoyeur d'emploi de la cité, et potentiel candidat à la mairie, Sally ne sait pas trop ce qu'elle va mettre au jour. Ni jusqu'où cela va la mener...

On retrouve dans ce Bonbons atomiques, les personnages créés par Anthony Pastor dans Castilla Drive, pour une histoire qui se déroule un an et demi après celle de ce premier titre, paru en 2012. Sally Salinger en est toujours la figure centrale, et est toujours cette mère de famille inquiète pour ses deux ados - très présents dans cet album - et qui n'a que ce métier de détective, encore nouveau pour elle, pour s'en sortir. Elle peut aussi compter sur Oswaldo, son poète amoureux, homme aux ressources insoupçonnées, comme on s'en rendra compte au fil des pages. L'ombre de Robert Salinger, furtivement aperçu dans Castilla Drive, plane également : est-il définitivement parti ou faut-il s'attendre à un autre retour ? C'est dans ce décor familial somme toute pesant qu'Anthony Pastor vient injecter une intrigue où d'autres personnages tout aussi forts surgissent : Douglas Sweet, homme d'affaires avisé mais surtout tourmenté par le comportement de Gabriel, son fils, un ado qui lui échappe peu à peu, et est plus passionné par le skate que par les affaires de son père. Camilla Sweet, femme de Douglas, celle qui va tout déclencher : une épouse perdue devant le comportement étrange de son mari, mais tenace dans sa quête de vérité. Et enfin, Gabriella, la jeune assistante de Douglas, une belle femme mystérieuse dont Sally va vite découvrir la double identité... et bien plus encore. Tout ce beau monde va entrer dans une sarabande à l'issue plus qu'incertaine, et comme dans Castilla Drive, c'est le petit univers de Sally Salinger qui va se trouver bouleversé.

Avec Bonbons atomiques, Anthony Pastor développe intelligemment cet univers et prend encore plus son temps (l'album fait cent pages de plus que le précédent !) pour rendre crédible les relations humaines qu'il décrit. Et c'est passionnant, car non seulement sa trame policière accroche le lecteur (avec comme fil rouge Gabriella et son passé) avec une vraie tension montant au fur et à mesure que l'on approche du dénouement, mais aussi réussit-il à susciter une vraie empathie pour tous ses personnages... même les moins sympathiques. Une fois de plus, Anthony Pastor se montre un admirable conteur, et prendre ses Bonbons atomiques, c'est comme être propulsé en plein Trituro, et s'attendre à voir débouler Oswaldo, le poète, prêt à nous payer une bière pour refaire le monde. Ou Ray, le flic, nous demander ce qu'on fout là. On répondrait alors qu'on cherche Sally Salinger, une femme à qui on aimerait bien confier une enquête. Ou ses états d'âmes...

Illustration intérieure


Rédacteur: Frédéric Prilleux mercredi 01 octobre 2014
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