Clouer l'Ouest

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Roman - Noir

Clouer l'Ouest

Psychologique - Huis-clos MAJ jeudi 10 juillet 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 10 €

Séverine Chevalier
La Croisille-sur-Briance : Écorce, juin 2014
182 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-9535417-7-9
Coll. "Territori", 1

Présence du silence

Les enfants jouent aux indiens. Parfois, les jeux dérapent et un garçon mord l'oreille de son frère, en prend une partie qu'il mâche et recrache. Est-ce à cause de l'oreille mâchée et perdue que l'on se tait ? N'est-ce pas plutôt à cause de la neige qui recouvre le tout, lentement, et transforme en masse cotonneuse et silencieuse les paysages campagnards ? Est-ce parce que la famille s'occupe de chasse et qu'il faut écouter le gibier ? Est-ce parce que le grand-père est mort, tombé sur son propre fusil (ou peut-être abattu donnant ainsi un meurtre maquillé qui aurait eu des témoins) ?
Toujours est-il que le roman de Séverine Chevalier est un roman du silence, des choses non-dites, des émotions et des amours que l'on ne peut s'exprimer. Lorsque le fils revient à la maison, parlera-t-il de ce qui le travaille, de cet argent qu'il doit à des gens prêts à tout pour le récupérer ?
Séverine Chevalier n'écrit pas un polar nerveux et narratif. Elle décrit des scènes, peaufine ses mots comme autant d'aphorismes ou de sentences dont la vie de ses personnages dépendrait. Dans les paysages du plateau de Millevaches, sous la neige, dans les jeux d'enfants, dans la chasse au sanglier, dans les relations tendues de ses personnages, les odeurs, les sensations, le caractère physique de l'histoire, des lieux, éclatent comme autant de petites bulles qui tissent une intrigue noire, un peuple de "taiseux", des gens de peu avec des histoires de peu, mais qui comptent pour eux autant que de grandes épopées pour les nations.
Roman dense et tendu, où chaque souffle, chaque craquement de branche sous le poids de la neige a son importance, où un geste et un regard sont aussi capitaux qu'une déclaration de guerre, Clouer l'Ouest joue avec les mots, rend en quelques images une scène vivante, nous colle au plus près de ses personnages. Court et hypnotique, le roman dévoile, après un premier essai remarqué (Recluses chez le même éditeur) un auteur qui sait décrire, raconter une histoire sans en dévoiler beaucoup, évoquer un paysage ou une relation entre deux êtres avec une économie de moyens, bousculer le lecteur pour l'entraîner dans son univers, un monde fait de ces petits riens qui sont tellement.

Citation

Il faudrait qu'elle revienne jusqu'à sa chambre familière, où un lit l'attend, et des petites pilules pour le coton et la douceur, et les papillons de l'été, et l'époux pour caresser la tête et le cou ; ce sera bien et constant quand la maison apparaîtra, puisqu'elle finira par apparaître.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 07 juillet 2014
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