Les Ombres du métis

Graves avait repéré un poignard en forme de crucifix, au manche sculpté en Christ pour une meilleure prise. Quelques années plus tard, il avait écrit une scène où Kessler pressait une arme identique dans la main tremblante de Sykes, l'obligeant à trancher les plis flasques de la gorge d'une vieille dame.
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Roman - Policier

Les Ombres du métis

Psychologique - Huis-clos - Religieux - Prison MAJ vendredi 20 juin 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Sébastien Meier
Carouge : Zoé, juin 2014
224 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-88182-917-8

Polar métaphysique

Traditionnellement et dans l'idéal, le travail de la police c'est de mettre en lumière, d'éclairer les recoins et les ombres, et d'exposer en plein jour ce qui pourrait rester caché. Antoine Bréguet est un policier qui croit à son métier lorsqu'on lui confie la tâche de comprendre ce qui est arrivé à Romain, un jeune homme retrouvé battu et violé dans un état comateux au milieu de la nuit froide de Lausanne. Dès le début, nous savons que la quête du policier s'achèvera mal puisque le récit est raconté par l'ex-commissaire, lui-même, depuis sa prison. Dès le départ, nous saurons que les ombres gagnent car, en quelques lignes, le roman évoque une refonte des services policiers suisses, dans le cadre des économies budgétaires, et présente des forces de police, locales, cantonales ou fédérales plus soucieuses de leurs prérogatives que des victimes.
Les Ombres du métis s'ouvre par la rencontre en cellule du policier emprisonné et de Manuel, un pasteur. La tonalité est donnée : il s'agit d'une confession et, comme toute prise de parole, elle s'accompagne de non-dits, de petits arrangements avec la vérité, d'implicite. Toute l'histoire va tourner autour de cette parole faussée qui sert souvent à nettoyer la conscience de ses fautes ou de ses péchés. Mais le monde serait bien simple si les ombres ne concernaient que les victimes ou leurs assassins et Sébastien Meier (dont on perçoit ici qu'il est lié au milieu du théâtre par l'approche des personnages et de la valeur donnée aux paroles) s'ingénie, avec malice, à brouiller les cartes : Antoine Bréguet n'est pas aussi net qu'il l'aimerait, son épouse et son père non plus. Le pasteur a lui-même des doutes : à trop s'approcher de la noirceur, ne risque-t-il pas d'en être infecté ?
Le roman, plus psychologique que lié à des péripéties, traque les discours ambigus chez le procureur ou chez le principal suspect, homme connu et au cynisme assumé. L'auteur sait, par de petites incises et un style classique maîtrisé, distiller le doute, ouvrir des abîmes de non-dits sous les paroles des personnages, pour que vérité et omission, mensonges cachés sous l'honorabilité ou même les grands sentiments se mélangent en un magma informe qui diminue toute capacité de parole vraie. Le tout se centre sur l'ex-commissaire, un personnage décrit avec soin, dont l'enquête met à mal ses certitudes morales et humaines, et se confronte aux dangers du monde et à ses propres démons intérieurs dans le calme feutré de la bonne société suisse.

Citation

Suivant la voie tracée par ses parents, il avait maintenue une distance polie avec l'Église, se contentant d'un culte à Noël, et, parfois, d'un autre à Pâques.

Rédacteur: Laurent Greusard vendredi 20 juin 2014
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