Les Impliqués

- Le coupable se prend peut-être pour un artiste, vu le soin qu'il y a mis - Super ! Je recherche le putain de Van Gogh des psychopathes !
Jason Starr & Michele Bertilorenzi - Le Frisson
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Stone Junction
"Œuvre culte de la contre-culture américaine... l'un de ces rares ouvrages capables de changer la vie...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

lundi 23 juillet

Contenu

Roman - Policier

Les Impliqués

Politique - Assassinat - Complot MAJ lundi 05 mai 2014

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Zygmunt Miloszewski
Uwiktanie - 2007
Traduit du polonais par Kamil Barbarski
Bordeaux : Mirobole, octobre 2013
442 p. ; 20 x 15 cm
ISBN 979-10-92145-09-0
Coll. "Horizons noirs"

Héritage communiste

La méthode de la constellation familiale a tout du charlatanisme et de l'obscurantisme. Pourtant, c'est à partir de sessions de thérapie collective basée sur des mises en scène proches du jeu de rôle un moyen de remonter les affres d'un passé familial et de faire resurgir des secrets que l'on imaginait à jamais enfouis dans l'inconscient. Dans Les Impliqués - ce très dense roman polonais qui offre un récit plutôt original, rythmé, sociétal et bien entendu policier avec une structure classique -, une de ces sessions dans un monastère de Varsovie donne lieu à un crime autant impitoyable que féroce (un homme est retrouvé mort dans la nuit, une broche à rôtir dans l'orbite de l'un de ses yeux) qui met en branle un appareil judiciaire polonais quelque peu grippé par des années de communisme. Le procureur Teodore Szacki est un être avec peu de relief, enferré dans une vie familiale dont il n'arrive pas à se dépêtrer. Pourtant, il adore sa fille et semble aimer sa femme. Son travail, sa carrière sont évidemment très importants, et cette affaire en vase clos va lui permettre d'affronter nombre de peurs et surtout de se sortir d'une routine tout en effectuant par suspects interposés sa propre séance psy.

Le roman nous plonge dans l'héritage du bloc soviétique, et nous confirme si besoin en était, que les principaux acteurs de drames de l'époque (conspiration, espionnage des voisins, collaboration, assassinats politiques), qui sont aujourd'hui restés des membres influents du pouvoir n'ont aucun intérêt à ce que l'on vienne remuer le passé nauséeux. L'intrigue glisse progressivement vers ce passé rendu opaque par le mur de Berlin et ces années de guerre froide. Le procureur avance avec précaution, mais là où Zygmunt Miloszewski excelle c'est dans ces petits détails du quotidien qui montrent à quelle point la vie polonaise d'un haut-fonctionnaire de l'administration judiciaire est sujette à réflexions. Le procureur ne gagne pas sa vie, et loin de là. Il hésite à manger dans certains restaurants, il compte l'argent qu'il peut dépenser dès le début du mois. Mais, choisissant de montrer tout en critiquant malicieusement, le romancier nous offre un moment vraiment réjouissant lorsque Teodore Szacki se retrouve attablé avec une jeune et jolie journaliste avec laquelle il hésite longuement à entamer une aventure. Celle-ci lui offre son repas, mais l'annonce seulement à la fin, lui s'étant à dessein privé pensant qu'il paierait sa part. Un détail qui en dit long et qui a son importance dans la corruption étatique. C'est peut-être bien pour ça que ces impliqués qui donnent son titre au roman ne sont pas tant ceux qui participent à ces sessions de thérapie collectives que ces nouveaux riches qui tirent les ficelles d'une démocratie en équilibre parfois quelque peu précaire, et dont l'argent amassé provient de ces années de disette communiste. L'apprentissage du capitalisme, parfois, est bien rapide...

Zygmunt Miloszewski intercale dans son récit des éphémérides qui contextualisent la situation mondiale, nous permettant judicieusement de mieux séparer le gouffre qui nous sépare de cette Pologne noire. Bel essai...

Citation

C'était une affaire simple, du moins du point de vue de la police. Arrestation, interrogatoire, aveu de culpabilité, fin de l'histoire. La suite dépendait du parquet et du tribunal. Un policier n'avait pas à définir quel article du code pénal avait été enfreint, il n'avait pas à imaginer la manière de qualifier les actes, ni quelle peine réclamer.

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 04 mai 2014
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page