Trouver une victime

Parce que nous avons aussi horreur du vide, les affaires qui secouent la ville de Perpignan depuis plus de quinze années, plus connues sous le titre des 'disparues de la gare de Perpignan', comportent tous les ingrédients d'un polar inachevé.
Jean-Michel Cosson & Gisèle Vigouroux - Les Grandes énigmes criminelles de France
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Stone Junction
"Œuvre culte de la contre-culture américaine... l'un de ces rares ouvrages capables de changer la vie...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

mardi 17 juillet

Contenu

Roman - Noir

Trouver une victime

Hard boiled - Arnaque - Corruption MAJ mercredi 04 juin 2014

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 10,5 €

Ross Macdonald
Find a Victim - 1954
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jacques Mailhos
Paris : Gallmeister, juin 2014
296 p. ; 18 x 13 cm
ISBN 978-2-35178-542-3
Coll. "Totem", 42

Héritage du hard boiled

Cinquième des romans de Ross Macdonald mettant en scène le détective privé Lew Archer à être retraduit par les éditions Gallmeister, Trouver une victime est assurément l'un des plus enlevés et des plus réussis dans une veine très chandlérienne sur fond de crise de notables. Se lisant d'une traite frénétique, le roman débute pourtant par l'un de ces hasardeux poncifs qui plaisent tant à Mickey Spillane dans son aventure de Mike Hammer adaptée à l'écran de façon géniale par Robert Aldrich, En quatrième vitesse. Le détective fait la rencontre impromptue de Tony Acquista sur le bord d'une route qui longe une base des Marines désaffectée non loin de Las Cruces. Tony Acquista pantelant est victime d'une indigestion au plomb, qui ne tarde pas à lui être fatale alors que les deux hommes attendent une ambulance devant un motel où le couple de gérants a des allures étranges : lui est violent et patibulaire, elle belle et apeurée. Mais les deux connaissent Tony Aquista, et c'est évidemment le début des embrouilles pour le héros de Ross Macdonald qui cherche à savoir les raisons de ce meurtre, et ce d'autant plus que tout le monde, la police en tête, prend un malin plaisir à lui mettre des bâtons dans les roues. L'homme, aux origines mexicaines, était employé par un riche notable en tant que chauffeur routier d'un nouveau camion avec un imposant chargement d'alcool. Lew Archer va donc chercher à la fois ce camion et les raisons de ce chargement, qui fleure bon l'arnaque, car son destinataire avait vendu son débit de boisson (qui en plus n'aurait pu écouler une telle quantité d'alcool). L'histoire se complique avec la disparition d'une jolie fille et l'apparition d'une autre qui, hard boiled oblige, est à la frontière de la nymphomanie. Tous les canons du genre sont présents, et cette petite communauté de Las Cruces ressemble à s'y méprendre à Poisonville, dans Moisson rouge, de Dashiell Hammett : une ville laissée aux mains de la pègre à l'instigation des notables avec une corruption présente à tous les étages. C'est d'ailleurs à une véritable bain de sang psychologique et moral que nous convie Ross Macdonald dans un roman où son écriture très imagée multiplie les métaphores désabusées, caustiques et ironiques. Lew Archer, droit dans ses bottes, fonce tête baissée dans un marigot de première, il appuie là où ça fait mal, n'hésite pas à rabaisser moralement les individus qui croisent sa route, ne cherchant pas de prime abord à comprendre leurs raisons ou leurs motivations. Ne leur trouvant aucune excuse. Il sait bien que chacun tient sa part de responsabilité dans ce merdier, et que quelque part une arnaque sans accroc a failli parce que tous sont corrompus par ce misérable appât du gain. Le roman mêle affaire conjugales et crapuleuses avec maestria. La petite vermine vient se confronter à la brutalité domestique. Les silences et nombreux non-dits se découvrent comme s'ils ne demandaient qu'à éclore. Après son passage, Las Cruces ne sera plus comme avant, mais ça, l'amateur du genre le savait. C'est l'apanage des plus grands, et la victime est toute trouvée et se nomme le genre humain.

Citation

- Alors tu me veux comment, mon chou ? Effeuillée ?
- Sur un lit de glace.
- Je ne comprends pas. On ne me l'a jamais faite, celle-là.
- Je suis en quête d'informations plutôt que de fornication.

Rédacteur: Julien Védrenne mardi 29 avril 2014
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page