Les Passagers de la foudre

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Non fiction - Policier

Les Passagers de la foudre

Historique - Assassinat - Scientifique MAJ mardi 13 mai 2014

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Erik Larson
Thunderstruck - 2006
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Marc Amfreville
Paris : Le Cherche midi, février 2014
528 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-7491-2465-0
Coll. "Document"

L'inventeur et l'assassin...

La réalité peut être aussi riche en rebondissements, péripéties, interactions et répercussions improbables qu'un excellent récit de création. Il suffit pour cela de rapprocher deux ou plusieurs parcours qui vont s'interférer. Erik Larson excelle dans cet art de mettre en parallèle des événements, des destins hors normes dans une histoire digne d'une fiction. Il a raconté dans Le Diable dans la ville blanche comment le développement de Chicago et la construction des premiers gratte-ciel avaient permis l'émergence d'un des plus grands tueurs en série. Avec Dans le jardin de la bête, il a décrit les liaisons dangereuses d'une famille américaine de diplomates avec le nazisme, dans le Berlin des années 1930. Il propose, dans le présent roman publié aux États-Unis en 2006, de montrer comment l'invention du télégraphe sans fil (téléphone) a permis l'arrestation d'un criminel en fuite en 1910.

Le récit débute sur le SS Montrose, où le capitaine surveille un étrange couple déclaré sur les registres du bord comme le père et son fils. Puis l'auteur invite son lecteur à remonter dans le temps pour découvrir comment et pourquoi ce couple fait l'objet d'une attention particulière.
En 1882, le Docteur en médecine Hawley Harley Crippen, un homme affable, doux, presque effacé, épouse Cora Turner, une jeune femme plantureuse, au caractère tonique, qui ambitionne de devenir chanteuse d'opéra.
Guglielmo Marconi, en autodidacte, se passionne dès son plus jeune âge pour les phénomènes électriques. À vingt ans, en 1894, la lecture d'une revue scientifique lui donne une idée. Celle-ci paraît si élémentaire qu'il semble impossible qu'aucun scientifique ne l'ait déjà eu.
À Londres, Oliver Lodge, un éminent physicien, esquisse, en 1894, le télégraphe sans fil. Mais, il focalise son attention sur le monde du surnaturel, sur le spiritisme très en vogue à cette époque.
Crippen satisfait tous les désirs de son épouse, même si celle-ci lui fait de fréquents reproches. Pour gagner plus, il entre dans l'industrie naissante des produits pharmaceutiques. Son travail est remarqué et on lui propose un poste important à Londres. Cora le suit où elle prend le nom de scène de Belle Elmore.
Marconi, aiguillonné par la peur de ne pas être le premier multiplie les expériences. Il vient à Londres où, grâce à sa mère, Annie Jameson, la fille de magnat du whisky irlandais, il reçoit le soutien de William Preece, ingénieur électricien en chef des Postes britanniques. Ce dernier, proche de la retraite, voit en Marconi l'occasion de faire un dernier coup d'éclat.
Des retours de fortune obligent Crippen à réduire son train de vie, s'attirant encore plus de reproches de son irascible épouse. Elle prend un amant. La vie du médecin devient impossible jusqu'à...
Marconi doit se battre contre Oliver Lodge qui se revendique la prééminence, contre son protecteur qui s'estime trahi par lui, contre des Allemands, soutenus par le Kaiser, qui se sont inspirés de ses démonstrations...

Les Passagers de la foudre raconte une première mondiale en détaillant les parcours d'un inventeur et d'un homme accusé du meurtre de son épouse. Ces chemins vont se croiser lors de la fuite de ce dernier qui sera rattrapé grâce à la technologie inventée et mise au point par le premier.
Erik Larson décrit, en alternance, la progression de ces deux personnages dans leur vie professionnelle et personnelle avec un art confirmé du récit.
On suit, ainsi, toutes les péripéties rencontrées par Marconi avant que celui-ci impose sa technologie et soit reconnu comme l'inventeur de ce qui est devenu le téléphone. Il brosse un portrait saisissant de ce jeune homme qui vit dans l'angoisse de ne pas être le premier et qui développe, non sans raison, une paranoïa vis-à-vis du monde scientifique. Il décrit de façon magistrale son évolution, le décrivant comme atteint d'une surdité sociale que l'empêchait de ressentir les conséquences de ses actes sur autrui.
On partage la vie d'Harvey son mariage douloureux, ses déboires conjugaux, ses emplois successifs et les fluctuations de son train de vie, jusqu'à la rencontre qui scellera son destin.
Les deux parcours sont aussi passionnants à suivre l'un que l'autre car l'auteur explore, avec ses héros, cette époque de deux décennies à cheval sur le XIXe et XXe siècles. Il cite mille anecdotes concernant les lieux, les villes, l'évolution des technologies. Il dissèque l'état d'esprit d'une société en mutation, les motivations, le bouillonnement des recherches. Il montre l'évolution des manières, peint le spiritisme et son impact sur les individus.

Harvey est présenté comme un homme incapable de commettre le forfait dont il est accusé. D'ailleurs l'auteur laisse planer un doute quant à la culpabilité de celui-ci. Pourtant ce personnage fascine et entre dans l'Histoire inspirant nombre de créateurs tant littéraires que cinématographiques. Alfred Hitchcock, par exemple, s'en inspire pour plusieurs de ses personnages et particulièrement pour celui de Fenêtre sur cour.

Comme à son habitude, Erik Larson propose un récit-fleuve combinant érudition et suspense, mise en lumière d'une époque et parcours individuels. Une réussite de plus à mettre à l'actif de cet auteur.

Citation

Les pouvoirs que possédait en apparence Eusapia Palladino avaient une fois de plus suscité cette propension à se laisser distraire dont Lodge souffrait depuis toujours. Jusqu'alors, ce défaut de caractère ne lui avait pas causé beaucoup de tort.

Rédacteur: Serge Perraud vendredi 25 avril 2014
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