Ni dieu ni maitre : Auguste Blanqui, l'enfermé

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Bande dessinée - Noir

Ni dieu ni maitre : Auguste Blanqui, l'enfermé

Politique - Historique - Social - Prison MAJ mercredi 19 mars 2014

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

Maximilien Le Roy (scénario), Loïc Locatelli Kournwsky (dessin)
Paris : Casterman, mars 2014
198 p. ; illustrations en couleur ; 28 x 20 cm
ISBN 978-2-203-05157-7

Thiers payant

C'est à dix-sept ans que Auguste Blanqui a appris à haïr la société. Auguste Blanqui est un anarchiste violent et virulent français du XIXe siècle à qui la société a bien rendu cette haine : "le vieux" ou "l'enfermé" a passé plus de quarante ans de sa vie en prison pour ses idées à une époque où il n'était pas aisé d'en avoir et où surtout il était malséant de les exprimer.
1830-1870 : Auguste Blanqui n'a eu de cesse en homme libre de lancer des journaux politiques et d'opinions. Sitôt arrêté, il se remettait à ses projets. Ni dieu ni maitre : Auguste Blanqui l'enfermé est une excellente bande dessinée graphique au scénario intelligemment ciselé qui revient sur les différentes étapes de la vie d'un homme enragé, socialiste radical, ami de Armand Barbès (dont il s'éloignera après une brouille liée à une confiance détruite par l'un ou par l'autre), admiré de Clemenceau, et qui prônait une société altruiste, communiste et utopiste avant de se heurter de plein fouet à des monarques, un empereur et Adolphe Thiers (ironie de l'Histoire, la Commune, le principal soulèvement de son époque, se fera alors qu'il est en prison, Thiers refusera sa libération en échange de soixante-quatorze prisonniers dont l'archevêque de Paris par peur de son pouvoir sur les masses populaires).
Loïc Locatelly Kournwsky au dessin (avec de superbes planches sépia qui nous plongent dans un passé houleux et fervent) et Maximilien Le Roy au scénario ne cachent pas leur admiration pour cet homme idéaliste qui se raconte à travers sa rencontre avec le journaliste Aurélien Marcadet dans une prison, chaque vendredi, seulement enrayée et fractionnée en épisodes courts par un gardien qui sonne l'heure du départ. L'immersion est rapide et la fascination grandissante. Au-delà d'un homme, ce sont bien ses convictions à une époque (la nôtre) où elles sont quasiment devenues inexistantes qui séduisent. Nos deux artistes participent certes de la légende : le portrait est trop beau pour être vrai, mais l'on se prend avec délectation à y croire. Et l'homme violent, haineux de la société, qui n'a jamais accédé au pouvoir (son élection aux législatives a même été invalidée à une large majorité), devient compréhensif. Son refus d'être libéré alors que mourant si ses camarades d'insurrection ne le sont pas aurait pu l'ériger au rang de martyre. Il va même jusqu'à refuser une violence qui chez lui déborde. Sa foi en une révolte, en une révolution, se confronte aux faiblesses humaines et aux manigances tortueuses d'une bourgeoisie en peine de devenir l'aristocratie moderne. Auguste Blanqui s'oppose vainement à Lamartine, tente d'échapper sempiternellement aux condés qui s'empressent de le passer à tabac, et n'attendent qu'un faux-pas pour l'éliminer. Mais peu à peu, la populace le sollicite. Alors en prison, il est élu député (il ne s'est même pas présenté).
Amoureux fou de sa femme qui lui donnera un fils qui ne le comprendra pas, il aurait pu être détruit par sa mort apprise derrière des barreaux, mais ses convictions sont aussi fortes que les croyances religieuses qu'il combat. La bande dessinée reflète bien ce parcours vers une immortalité acquise dans dix-sept villes (surprenant puisque ce chiffre est celui qui a décidé de son parcours) qui lui ont consacré des rues. Mais cette célébrité n'est que de façade puisque son effort a été vain, et que l'on ne sait plus aujourd'hui qui il est, quels combats il a menés. Tout ça pour ça ? Non ! Car, et c'est bien là le joli résultat de ce travail d'orfèvre sociétal, avec cette excellente bande dessinée, la vie et l'œuvre d'Auguste Blanqui viennent d'acquérir une nouvelle immortalité. Souhaitons qu'elle dure...

Citation

Il est fâcheux que l'idée philosophique ne pénètre pas dans les masses. Elles ne deviendront sérieusement révolutionnaires que par l'athéisme. Jusque-là il n'y aura que de la crème fouettée.

Rédacteur: Julien Védrenne mercredi 19 mars 2014
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