Les Grandes affaires criminelles du rail

Un homme qui tue moralement sa mère se retranche de la société des hommes au même titre que celui qui porte une main meurtrière sur l'auteur de ses jours. Dans tous les cas, le premier prépare les actes du second, il les annonce en quelque sorte et il les légitime.
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Essai - Policier

Les Grandes affaires criminelles du rail

Historique - Huis-clos - Faits divers MAJ lundi 02 décembre 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 28 €

Jean-François Miniac
Riom : De Borée, novembre 2013
400 p. ; illustrations en noir & blanc ; 25 x 17 cm
ISBN 978-2-8129-0714-2
Coll. "Histoire et documents"

Fonds de trains

On sait combien le motif du train est inscrit dans l'histoire du roman policier. Voilà un monde clos dont les classes de voitures représentent celles de la société. Du Train Bleu, au Nord Express, de la Bête Humaine au Transperceneige, ce contenant au contenu aléatoire se rend d'un point à un autre en pénétrant des tunnels forcément freudiens. À l'intérieur, des drames mis entre parenthèses car le voyage dilue le avant pour se concentrer sur le pendant. On est dans la rêverie, dans l'observation engourdie, voire le sommeil et c'est là que le destin frappe...
Jean-François Miniac s'attèle à un nouveau tome thématique à couverture rigide (parus : les affaires politiques, les crimes passionnels, les femmes criminelles et les espions). Papier glacé, jeu de typographies, beaux portraits dus au talent de l'auteur, documents, nombreuses photos et aquarelles, intéressante couleur sépia se retrouvant dans les bandeaux, les titres et les grossissements de vues, font de ce livre un bel objet à offrir. Si le thème est pointu, l'imaginaire est grand. L'auteur annonce dans son avant-propos avoir évacué les affaires plus connues comme celle de Jud l'assassin jamais pris, de "la Malle à Gouffé", des attentats de Carlos, du crime raciste des légionnaires dans le Bordeaux-Vintimille et des crimes sexuels de la gare de Perpignan ou de Rezala. Ces dernières catégories de motifs, du coup, manquent dans le tome. Les "malles sanglantes" sont les grands classiques. La catégorie est ici représentée par le couple Aubert-Dubois qui convoie, en 1896, leur cadavre dont ils ont volé la collection de timbres, jusque dans la Manche avant de chercher une location au bord de la mer pour y jeter leur malle. C'est alors qu'ils reviennent à la consigne de la gare de Couville pour la récupérer qu'ils se font pincer. Au hit parade du crime ferroviaire : l'argent. Le malandrin détrousse le voyageur, le laisse mort ou le balance sur le ballast. Convoyeurs, marchands et bourgeois se croyaient à l'abri dans leur compartiment réservé ? Que nenni ! Portes qui s'ouvrent sur l'extérieur, ralentissements fréquents, contrôles défaillants, autant de moyens pour l'agresseur de s'échapper. Les attaques de trains "coffre-fort" ne sont pas rares. Celui des messageries Nice-Paris qui convoyait l'or du Congo belge est attaqué par la bande à Méla en 1938. C'est pendant la guerre que les plus grands casses de trains ont lieu : le 9 février 1944, deux wagons blindés en attente à la gare de Clermont-Ferrand rapportent plus d'un milliard de francs à un commando de résistants du Corps franc des FTP. Le 26 juillet de la même année, c'est le Périgueux-Bordeaux et ses six tonnes de fonds de banque (au profit de la Kriegsmarine) qui est délesté à Neuvic-sur-l'Isle de deux milliards deux cent quatre vingt sept mille francs. Les groupes de résistance pourront faire face aux dépenses sans léser les habitants. Ces deux attaques ont bénéficié de complicité dont, pour la deuxième, au plus haut niveau. Jean-François Miniac nous apprend aussi que des "forteresses sur rail", La Rafale et le Diable, ont été mises en service en Indochine en 1947 pour sécuriser les trajets. Les descriptions en sont impressionnantes. L'auteur s'attache à détailler de nombreux attentats dont celui du Paris-Tourcoing en décembre 1945 en lien avec le Viêt-Minh et le PCF, "la série d'explosions ferroviaires qui frappa Paris en 1986, instrumentalisée par le Hezbollah, et la vague d'attaques islamiques en 1995 revendiquée par le GIA", et dont Khaled Kelkal reste la figure marquante. Autres affaires marquantes, celle de l'assassinat du conseiller Prince en 1934 lié à l'affaire Stavisky, et celle de l'inventeur Leprince en 1890 sur fond de guerre de brevets cinématographiques.
Jean-François Miniac a un style particulier. Il se refuse à la novélisation et accumule les informations dans le moindre espace possible. Les situations de famille, physique, géographique et sociale de personnages peuvent se retrouver dans la même phrase. Exemple avec ce couple de gardes-barrières assassiné : "Ce soir-là, dans la modeste bâtisse au toit débordant largement, ponctué d'un poteau électrique en bois et bordé d'une palissade basse de pics en bois, ils ont couché leurs quatre enfants dans la grande chambre à l'étage, lesquels dorment bientôt, dans ce nid douillet à l'abri du froid de gueux abattu sur les hauteurs campagnardes de l'Artense." Sur une scène quotidienne passe encore mais sur des affaires politiques truffées de noms c'est plus difficile. Jean-François Miniac est aussi partisan des jeux de mots sur le noms propres (Gaucher n'est pas manchot, Dalloz connaît le code), joue sur les expressions (trouver sa voie) et insère volontiers citations d'écrivains, couplets populaires, affaires annexes, contextes historiques et commentaires. Somme toute, une conduite à un train d'enfer.

Citation

Trois jours avant la tentative d'attentat, le 14 mars, le juge Alain Marsaud procédait aux interpellations des résidents intégristes chiites du foyer Ahl El Beit. Naturellement, tous sont au Coran de rien.

Rédacteur: Michel Amelin lundi 02 décembre 2013
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