Bent Road

Le clou de la collection, sans jeu de mots, était une série de statuettes percées de pointes de métal, de tessons de bouteille, couvertes de chaines, de fibres, de plumes souillées : des minkondi provenant du Mayombé, dans le Bas-Congo.
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Contenu

Roman - Noir

Bent Road

Ethnologique - Social MAJ mercredi 13 novembre 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,5 €

Lori Roy
Bent Road - 2011
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Valérie Bourgeois
Paris : Le Masque, août 2013
350 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-7024-3904-3
Coll. "Grands formats"

Virage dangereux

Une image du passé est souvent l'occasion de manifester des regrets, de se rendre compte combien l'on a quitté la route droite et tranquille que la vie nous avait fixée. Juste avant de retourner sur les terres de son enfance après vingt ans de vie commune avec Celia Scott à Detroit, Arthur doit emprunter une route d'hiver et passer un tournant très dangereux, verglacé et sans visibilité. Ce tournant, qui provoque un accident d'ouverture et un autre presqu'à la clôture du roman, symbolise bien la fêlure, la cassure qui pèse sur les personnages.
Des images, il y en aura beaucoup dans Bent Road. Des images réelles comme des photos de disparus, des représentations des vivants dans le passé lorsqu'ils souriaient à l'objectif, des habits des morts que portent les vivants et qui ravivent les souvenirs. Des images mentales aussi à l'instar de cette grange, à côté de la ferme, où un meurtre a eu lieu, et la mort d'une vache sanguinolente dans cette même grange qui font resurgir les souvenirs et les images mentales de ce que l'on aimerait être, comme le fils de la famille qui aimerait s'intégrer aux enfants du village.
L'intrigue, elle, est on ne peut plus simple : Arthur a vu sa sœur morte. Parti en ville, vingt ans après, les émeutes raciales de 1967 lui font peur. Alors, il revient dans son Kansas natal, dans la ferme familiale de Bent Road, déracinant son épouse et ses enfants. Là, il découvre que son autre sœur est malheureuse en couple - son mari boit et la bat. En même temps, une jeune fille, qui ressemble physiquement à sa sœur morte, disparaît...
Lori Roy ne s'appesantit pas sur les crimes, ni sur les morts, mais tresse un tableau dur et attachant de la vie campagnarde, avec sa mentalité resserrée : le village entier va à la messe, l'on refuse d'accepter qu'une femme quitte son mari même si celui-ci est un véritable salaud, les adolescents partagent leur temps entre l'école et les travaux des champs ou la chasse, les nouveaux venus, même si ce sont des enfants du pays, sont des étrangers. Une vie rude où la vie et la mort s'entrecroisent, où l'on tue les vaches parce qu'il le faut bien, où l'on trompe l'ennui en tirant sur les chiens de prairie, où l'on gratte les vitres gelées parce qu'il ne faut pas trop se plaindre du froid, où le curé fait sa tournée des fermes pour goûter les tartes aux fruits de saison, où l'on se tait même si cela tue moralement, voire physiquement.
Bent Road est une ode aux villages, à la ruralité américaine, à cette vie qui n'est pas encore entrée dans la modernité, où les routes deviennent poussiéreuses et les accidents provoqués par les tumbleweed, ces buissons invasifs qui roulent inlassablement poussés par le vent. Bent Road est le récit d'un retour et d'une rédemption lorsque l'on accepte de dire la réalité qui se cache derrière l'image et le passé. Premier essai de Lori Roy, coup parfaitement maitrisé, pour un roman bien rendu par la traduction, à l'univers où l'on sent la froideur, la rudesse et les moments de paix et de douceur.

Citation

Par souci des convenances, il vaut mieux que certaines choses soient murmurées. Mais elle devine qu'Arthur s'exprime ainsi pour que Daniel n'ait jamais honte de son geste.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 07 novembre 2013
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