Les Corps sans mémoire

Luke Stricker ressemble encore plus à une brute depuis qu'il se rase le crâne, le genre de type qu'on s'attendrait à voir avec des menottes au poignet plutôt qu'à la ceinture. Qu'il soit sur l'affaire complique les choses, mais c'est l'un des flics les plus compétents de l'équipe. Et la compétence est très attirante. Surtout en ce moment.
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lundi 23 juillet

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Roman - Policier

Les Corps sans mémoire

Musique MAJ mardi 15 octobre 2013

Note accordée au livre: 2 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 18,19 €

Thierry Blandenet
Aix en Provence : Bookstory, juin 2013
372 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2954375908
Coll. "Polar/Thriller"

Cherchez le coupable, trouvez son nom

Parfois l'enquête reste extrêmement classique même si elle jongle avec les frontières de la folie. Dans le roman de Thierry Blandenet, la découverte du corps supplicié d'une jeune femme selon un rituel samouraï renvoie à un crime identique commis vingt ans auparavant, dont la résolution avait conclu à l'arrestation d'un coupable, mort depuis dans un asile psychiatrique où il avait été interné. L'inspecteur Étienne Lossel qui doit travailler autour de ce nouveau meurtre est lié au premier criminel, ce qui provoque en lui des crises de doute bien compréhensibles. Mais si la vérité éclatera au final, elle ne surprendra que moyennement. Cela n'empêche pas l'auteur de reconstituer avec maîtrise lieux, personnes et époque à travers la trajectoire d'un groupe de musique "maudit" qui avait un son particulier, une démarche tout autant particulière, et qui alliait dandysme, culture variée et goûts orientés distinctement vers le bizarre (leur seul album annonçait bien avant l'heure les crimes mis en scène par les tueurs en série avec notamment une chanson qu s'ouvrait sur un œil glissant lentement le long d'un mur). Une histoire qui résonne étrangement puisque le roman est légèrement antérieur au décès du chanteur du groupe... Taxi Girl !
Thierry Blandenet préfère l'appeler Camera X, mais les allusions sont plus que transparentes (prénoms ou surnoms des musiciens à peine déformés : Larcher pour Darc ou Strass pour Stass, par exemple). De la même façon, le policier qui enquêtait sur l'œil descendant du mur s'appelait Al Grundy et c'est également un Grundy qui enquête dans Les Corps sans mémoire. L'évocation du groupe, ponctuée de nombreuses références et clins d'œil aux chansons provoque chez l'amateur de ce rock-pop raffiné des années 1980 (quand d'autres s'extasiaient sur Trust ou Téléphone) des bouffées de souvenirs et de nostalgie. La folie des personnages, les drogues prises, les égos d'artistes et les névroses des groupies se relancent avec le saut temporel décrit par l'auteur qui joue sur des retours en arrière intelligemment montés.
Le disque (eh oui, en ce temps là on écoutait des disques !) de Taxi Girl s'intitulait Seppuku, une espèce d'ode au suicide pour un album qui malgré ses énormes qualités fut un flop commercial. Non rééditées en CD, les chansons de cet album sont à jamais des mémoires sans corps sauf que par l'entremise de Thierry Blandenet, elle se rematérialisent le temps d'une lecture.

Citation

De flic sans envergure, il est devenu détective à cocus sans envergure.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 15 octobre 2013
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