Le Maître chanteur de Minsk

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mardi 17 septembre

Contenu

Roman - Policier

Le Maître chanteur de Minsk

Historique - Musique - Vengeance - Assassinat MAJ vendredi 18 octobre 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22,8 €

Morley Torgov
The Mastersinger from Minsk - 2012
Traduit de l'anglais (Canada) par Céline Schwaller
Arles : Actes Sud, avril 2013
368 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-330-01768-2
Coll. "Actes Noirs"

Maître chanteur pour opéra

Pourquoi, les grands compositeurs ne seraient-ils pas des héros de romans policiers ? Bien que la musique adoucisse les mœurs, l'art lyrique n'est-il pas l'objet de luttes acharnées, de guerres d'égo aussi destructrices que les autres ? Leur pratique ne les place pas dans une bulle fermée aux turpitudes du monde extérieur. Au contraire !
C'est ce domaine que Morley Torgov a choisi de nous faire découvrir avec les enquêtes d'Hermann Preiss. Après Schumann à Düsseldorf, c'est au tour de Richard Wagner, à Munich, de se retrouver mêlé à une situation criminelle.

L'action se déroule en avril 1808, alors que Richard Wagner prépare la représentation des Maîtres Chanteurs de Nuremberg, son nouvel opéra dont la première sera donnée le 21 juin. Pour l'heure, c'est son imprésario qui rencontre, chez lui, un Hermann Preiss épuisé par l'enquête qu'il vient de boucler. Il lui annonce que le maestro est l'objet de menaces. Il a reçu un billet lui assurant que "le 21 juin sera le jour de votre ruine". Hermann se laisse convaincre du sérieux de la situation et se rend immédiatement chez le compositeur. Mais se voyant traité comme un valet, il se rebiffe et envoie balader Richard Wagner.
C'est Von Mannstein, le commissaire, et le maire de Munich qui lui demandent de s'introduire dans son cercle car ce dernier voudrait réunir un dossier solide permettant de renvoyer Wagner en exil, tant il craint ses débordements.
Le costumier du théâtre est assassiné, le second ténor également... Preiss se retrouve alors au cœur d'un maelstrom où tout se conjugue contre lui. Dans l'entourage du maestro des individus ne semblent pas être ce qu'ils disent. La menace se fait de plus en plus précise…

La vie de Richard Wagner, en soi, possède toutes les caractéristiques du roman. Elle a été riche en situations dramatiques provoquées ou du fait du hasard. Outre son caractère tyrannique, sa vie tant sentimentale que professionnelle, ses prises de positions politiques, sa fortune aléatoire, lui ont attirés nombre d'inimitiés.
Morley Torgov tient donc, avec un tel personnage un sujet de choix pour construire une histoire alerte, d'une grande densité, servie par un aréopage des personnages aussi vrais que possible.
Deux protagonistes occupent l'espace de cette intrigue : l'inspecteur Preiss, qui a été muté de Dusseldorf où il a laissé une affaire irrésolue qui lui empoisonne l'existence, et ce compositeur de génie, certes, mais proprement imbuvable dans son comportement dictatorial. L'auteur dresse un portrait on ne peut plus fidèle du compositeur. Il illustre bien le manque de compassion de ces individus qui ne pensent qu'à eux, qu'à leurs projets. Il décrit un monstre d'égoïsme persuadé que le monde doit tourner autour de lui.

Morley Torgov concocte une enquête astucieusement menée avec une pression qui s'installe assez vite, jouant sur le ressentiment, la jalousie, les racines d'un passé mystérieux. Les nombreux rebondissements s'enchaînent avec justesse. Il fait, également, ressentir la tension qui règne dans les périodes qui précèdent la création d'une nouvelle œuvre, quelle qu'en soit la nature, les affres qui vivent les auteurs.
Le ton narratif est plaisant, le style alerte. Le roman est ponctué par de nombreuses pointes d'humour tant dans des remarques, des réflexions, que dans des situations.

Un roman fort agréable à découvrir pour la richesse des éléments historiques, son intrigue joliment troussée et ses personnages bien construits.

Citation

La nouvelle qu'il souhaitait le plus apprendre - que Wagner était impliqué de près ou de loin dans le meurtre de Lanros - était une chose que je ne pouvais me résoudre à fabriquer, oui, même moi à qui il arrive de modeler et remodeler la vérité de temps à autre en fonction des circonstances.

Rédacteur: Serge Perraud vendredi 11 octobre 2013
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