Les Assiégés du mont Anis

Une vie comme celle-là était, ainsi que l'avait fait remarquer Tolstoï dans Anna Karénine, trop heureuse pour constituer vraiment une histoire.
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samedi 16 décembre

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Roman - Policier

Les Assiégés du mont Anis

Historique - Vengeance MAJ lundi 15 juillet 2013

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 7,5 €

Laetitia Bourgeois
Paris : 10-18, mai 2013
288 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-264-06121-8
Coll. "Grands détectives", 4758
Les Enquêtes de Barthélémy et Ysabellis, 5

Ce qu'il faut savoir sur la série

Barthélemy Mazeirac est paysan et sergent de la justice du sire de Randon, dans le décor âpre du Gévaudan, des années 1360. Sa première enquête l'a lancé sur les traces d’un voleur et assassin d’un collecteur d’impôts (Les Deniers du Gévaudan). Cela suffit à le faire remarquer de son seigneur. Celui-ci lui confie alors des affaires qui, peu à peu évoluent vers des missions plus diplomatiques pour le maintien de la paix sur les terres de Randon. Il est secondé par Ysabellis, la guérisseuse du village qui devient son épouse.
Dans un cadre restitué avec une remarquable précision quant aux détails de la vie quotidienne, de la vie sociale, de la justice, Lætitia Bourgeois concocte des intrigues ciselées, en lien direct avec l’esprit de cette époque. Elle fait traverser ses histoires de personnages emblématiques de cette période et en dresse un portrait avec justesse et pertinence.

Une vengeance qui tourne mal

Généralement, les héros des romans policiers historiques gravitent dans les sphères du pouvoir, quand ils n'en sont pas des acteurs. Ce choix peut s'expliquer par une plus grande abondance des sources documentaires relatives à ces milieux. À l'inverse, Laetitia Bourgeois a choisi, pour personnages principaux de sa série, des gens du peuple, vivants dans la région retirée du Gévaudan.
Avec Les Assiégés du mont Anis, elle propose un nouveau volet captivant des péripéties vécues par Barthélemy et Ysabellis, au cœur de la Haute-Loire.

À Marcouls en Margeride, au petit matin, Beraud de Mazemblard, un nobliau de sinistre réputation, et deux hommes, font irruption et investissent la maison de Barthélémy Mazierac, le sergent, et Ysabellis, la guérisseuse. Le bruit réveille les habitants. Malgré les menaces, personne ne fournit d'indication sur le lieu où est parti le couple. De dépit, les trois voyous incendient la maisonnette.
Le couple, en fuite, tente d'atteindre la ville du Puy. Ysabellis voudrait aller plus loin, à Lyon, voire au-delà. Mais Barthélémy pense que l'éloignement est suffisant. Dans la ville, il se fait embaucher comme maçon, et Ysabellis décide de gagner sa vie avec ses soins et ses médicaments. Ils ont changé de noms, Barthélemy gardant toutefois son prénom.
Quelques jours plus tard, alors que son patron et lui sont aux termes, deux cadavres, dont celui de Mazemblard, sont repêchés dans le Doleson, la rivière qui coule sous les remparts de la ville. Un concours de circonstances a amené Barthélémy près de ce lieu.
Mais, la ville est en émoi. Des bandes de routiers pillent la région, et la troupe menée par Seguin de Badefol, réputée pour sa cruauté, s'approche de la cité.
Malgré cette menace, le capitaine enquête sur les meurtres. Le couple, nouveau dans la ville, est regardé avec suspicion, d'autant que les deux morts ont fréquenté nombre d'auberges déclarant rechercher "un certain Mazierac pour lui clouer les tripes aux portes de la ville !". La peur pousse aux excès, un étranger a récemment été pendu, suspecté d'être un espion des routiers. Et puis, il devient impossible de quitter la cité fortifiée...

L'intrigue de ce roman, subtilement agencée, joue sur plusieurs registres. Autour d'un couple en fuite, qui cherche à s'éloigner d'un danger immédiat, Laetitia Bourgeois développe une atmosphère de suspicion qui, peu à peu, évolue vers l'inquiétude, vers la peur, vers l'angoisse quand le filet se resserre autour d'eux. Elle confronte ses héros à l'interrogation, au chantage, aux menaces en croisant les parcours d'une galerie de personnages aux comportements troubles. Il en est ainsi de l'apprenti maçon qui mène une double-vie, étant ganymède la nuit, du mendiant au passé mystérieux que soigne Ysabellis, du garde permanent absent au moment du crime. De plus, le patron du héros semble deviner beaucoup de choses...

Comme dans ses précédents romans, l'auteur recrée la vie quotidienne de cette époque où la population avait été décimée par les pandémies de peste, les disettes. Elle restitue avec précision et érudition, l'atmosphère des villages et des villes, détaille l'ordinaire de ces paysans, artisans, et laisse deviner ce qui se cache derrière les non-dits. Ainsi Barthélémy, lors de son embauche, se voit offrir, par son patron, un bain tous les quinze jours... parce qu'ils exercent un métier salissant. Imaginons alors la fréquence des bains pour ceux qui avaient une activité normale ! Il est fait état de la richesse des ordres religieux, même des moines mendiants, les écarts entre le contenu des lais, qui associe noblesse de sang et noblesse de sentiments, et la réalité avec ces nobliaux jaloux de leurs prérogatives.

Elle base une partie de son récit sur les routiers, qui, comme les soldats, étaient une véritable plaie pour les populations par leurs pillages, leurs saccages. Elle resitue, ainsi, nombre d'éléments de la vie courante dans leur contexte, n'épargnant rien de cette réalité comme la mère de cet aubergiste qui agonise couverte de parasites dans un galetas.

Ce roman, dont l'action se situe entre Les Deniers du Gévaudan et Le Parchemin disparu de Maître Richard, est une nouvelle réussite de l'auteur. Laetitia Bourgeois excelle à faire partager sa passion pour cette région et cette époque. Elle offre un livre séduisant, tant pour son intrigue raffinée, que pour sa galerie de personnages construite avec une remarquable justesse. À lire sans modération

Citation

Si j'avais su plus tôt que ce maçon était ton compagnon, je t'aurais conseillé de quitter la ville au plus vite, mais maintenant il risque autant dehors que dedans. Et à l'intérieur, toi, au moins, tu es en sécurité.

Rédacteur: Serge Perraud jeudi 13 juin 2013
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