Les Derniers jours d'un homme

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dimanche 18 novembre

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Roman - Noir

Les Derniers jours d'un homme

Économique - Social - Écologique MAJ vendredi 03 mai 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 8,15 €

Pascal Dessaint
Paris : Rivages, avril 2013
278 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 978-2-7436-2498-9
Coll. "Noir", 907

Suicide prémédité

A partir d'un drame économique et écologique qui a touché une région du nord de la France, Pascal Dessaint dresse le portrait d'une famille plongée sans préavis dans le plus grand désarroi. Enfin, quand j'écris "famille", il serait plus précis de parler de survivants tant l'auteur ne ménage absolument pas ses personnages. Romancier noir de l'intime, il s'attarde initialement sur l'élément mineur que l'on va se rappeler toute sa vie durant. Une araignée qui a tissé sa toile dans un rétroviseur. L'arachné devient l'objet d'une dispute entre deux parents. Leur dernier dialogue : la mère mourant à l'hôpital quelques heures plus tard. Passé ce prologue, le texte se scinde en deux. La voix du père et celle de sa fille qui se confrontent, se répondent et se font écho à quinze années d'intervalle.

Un père qui ne cherche qu'à protéger sa fille ; une orpheline qui veut comprendre comment son père est mort. Parlons donc de Clément. Ancien vigile, il survit en abattant ou en taillant des arbres. Il n'a plus que son frère et sa fille comme horizon. Son frère, alcoolique et handicapé, vit dans une ancienne gare, et il s'occupe tant bien que mal de la fillette pendant les rares moments où Clément travaille. À Métaleurop, ça ne va pas fort, on a déjà dégraissé les effectifs, l'usine ne va pas tarder à fermer définitivement ses portes laissant sur le carreau une population contaminée par les rejets qui ont pollué un sol pour des millénaires. Mais, pour les ouvriers, survivre malades c'est bien mieux qu'une mort certaine. Aussi, la lutte s'organise. Tout le monde se fédère dans un petit rade perdu tenu par une belle plante amoureuse de Clément, qui n'en a que faire ou si peu. Et le moindre élément qui vient perturber la révolte n'est pas le bienvenu.

Cette histoire, Judith l'appréhende quinze ans plus tard de la bouche de son oncle et de la tenancière du rade qui va enfin fermer ses portes. Elle collectionne peu à peu les pièces d'un puzzle qui a conduit à la mort de son père lors de l'explosion de l'usine. Explosion qui non seulement a condamné son père physiquement mais aussi moralement puisque les faits ont été détournés, et lui est devenu le saboteur. Pascal Dessaint alterne les chapitres avec une écriture fine dont le choix des mots et surtout leur ordre dans les phrases sont subtils. Il est implacable quant à la description d'une région écologiquement et humainement assassinée pour un hypothétique profit industriel. Pas de pathos dans son écriture, juste un témoignage romancé, une histoire tragiquement belle avec des personnages bruts qui se heurtent de plein fouet à tout ce que l'humain a de plus inhumain : la cruauté d'un monde industriel alliée à la survivance mesquine, sans pour autant juger ni condamner.

Et ce qui est étrange, c'est l'analogie que l'on peut faire entre deux destructions de masse rattachées par un seul mot commun, cet "homme" dans le titre du roman de Pascal Dessaint et qui fait écho - il est toujours question d'écho dans ce roman - à Si c'est un homme, de Primo Levi. Les récits sont différents, mais la racine même du récit est la même. Un univers clos voué à la destruction dans lequel un homme cherche dans un cas à survivre et dans l'autre à faire survivre. L'analogie s'arrête là, car ici il est question d'un témoignage de fiction, mais qui n'en demeure pas moins poignant. Dans un cas comme dans l'autre, cependant, on a forcé un homme à se suicider.

Citation

Nous cherchons tous une échelle pour atteindre un bonheur qui jamais ne se présente

Rédacteur: Julien Védrenne mercredi 17 avril 2013
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