Castilla Drive

Les longues soirées passées à chercher des renseignements, à traquer des ombres insaisissables, à consulter des listes sans fin menant la plupart du temps à une impasse, les criminels endurcis qu'une simple erreur de procédure laissait ressortir libres dans la rue, un sourire cruel déformant leurs lèvres, tout cela la minait en profondeur sans qu'elle le reconnaisse. L'avouer, encore plus à soi-même, était synonyme de renoncement, d'abandon.
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samedi 17 novembre

Contenu

Bande dessinée - Noir

Castilla Drive

Hard boiled MAJ lundi 08 avril 2013

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Anthony Pastor (scénario & dessin)
Arles : Actes Sud, mai 2012
158 p. ; illustrations en couleur ; 24 x 17 cm
ISBN 978-2-330-00507-8
Coll. "L'An 2"

Détective fatale

Castilla Drive est une bande dessinée hard boiled mélancolique et sentimentale où l'on suit les pas et les investigations de Salinger. Non pas ceux de Jerome David, le romancier de L'Attrape-cœurs, ni même ceux de Robert, détective privé de son état, mais ceux de Sally, la femme que Robert a abandonné avec ses deux enfants pour en suivre une de vingt ans sa cadette. Osvaldo Brown, dit le Survivant depuis que deux coups de feu l'ont transpercé emportant même une de ses oreilles, poète de vocation mais homme de ménage dans un entrepôt de profession, cherche à connaître l'identité de celui qui l'a presque tué. Mais, comme tous les hommes qui côtoient Sally Salinger (même son mari, ne vous y trompez pas), il est raide dingue de cette femme désabusée, désordonnée et débordée, qui avance à contre-courant et prend les choses à contre-pied. Elle va finir par accepter une enquête dont elle ne veut pas, et tomber dans les bras de son client bien avant la fin de l'album - une hérésie dans les codes du polar qu'Anthony Pastor s'est abrogé avec talent et maîtrise. Les faits en eux-mêmes sont absurdes - l'enquête se révèle très vite un prétexte à la séduction -, mais le danger, lui, est omniprésent, caractérisé par un cow-boy qui a sur le capot de son pick-up un chevreuil attaché. L'enquête avance cahin caha à cette frontière que l'on imagine entre les États-Unis et le Mexique pendant qu'Anthony Pastor planche après planche dépeint haut en couleur des personnages qui ne le sont que très peu car ordinaires. Il n'a pas son pareil pour rendre ce pauvre poète ridicule couvert de bandages et en slip dans la neige, frigorifié, et transi amoureux. Osvaldo a pour meilleurs alliés dans sa quête amoureuse les enfants de Sally et surtout Pat, une amie de Sally qui tient une onglerie. Quant à l'inspecteur de police qui a diligenté à vitesse petit v l'enquête sur sa tentative d'assassinat, Raimundo Rayo, ancien coéquipier de Robert Salinger, il entend bien lui aussi séduire cette détective-femme fatale. La très grande inaction fait face à un final où les pièces d'un puzzle ordinaire s'assemblent avec ce qu'il faut de fatalisme, et d'effets miroirs concluant en beauté un roman graphique à l'esthétisme captivant.

Illustration intérieure



On en parle : 813 n°115

Citation

Ta victime est un clampin moyen, sans famille, sans embrouilles... Il était au mauvais endroit au mauvais moment, voilà tout ! Quant au mec, à la nana, ou encore au môme qui a fait ça, c'est comme je dis, ça peut être n'importe qui. Et peut-être sans mobile. Le cauchemar du flic, quoi !

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 07 avril 2013
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