Une semaine en enfer

Van In pensa avec nostalgie à sa jeunesse, à ces inoubliables années soixante où il n'aurait jamais accepté un compromis. Désormais, il était coincé par une pension alimentaire et un énorme prêt hypothécaire.
Pieter Aspe - Le Carré de la vengeance
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Dégradation
Le titre français de ce roman de Benjamin Myers évoque l'idée d'un univers qui va vers sa dispari...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

mercredi 19 septembre

Contenu

Roman - Noir

Une semaine en enfer

Ethnologique - Social MAJ mercredi 10 avril 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17 €

Matthew F. Jones
A Single Shot - 1996
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Pascale Haas
Paris : Denoël, janvier 2013
250 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-207-11424-7
Coll. "Sueurs froides"

Fatalité de la bulle de chewing-gum

Tout enfant a essayé au moins une fois de faire grossir encore et encore une bulle de chewing-gum, et d'espérer qu'elle tiendra encore une seconde... Et puis elle explose. La vie de John Moon, le personage à qui Matthew F. Jones entend faire vivre Une semaine en enfer, ressemble à ce challenge de gosse. Enfant de fermier ruiné, il vit de petits boulots, mais alors qu'il croit pouvoir s'en sortir, sa femme le quitte avec leur fils pour refaire sa vie. Il s'accroche à des restes de son passé. Comme souvent dans ce cas, il espère encore renouer avec son ex-femme, recoller des morceaux. John Moon décide d'être au moins capable de nourrir sa famille. Pendant qu'il braconner et poursuit un daim, il tue malheureusement une jeune fille. Est-ce que cette fameuse bulle de chewing-gum lui explose en pleine figure ? Difficile à dire puisque la morte se trouvait avec une forte somme d'argent sur elle...

Matthew F. Jones, à travers l'évocation réaliste et sensible, très américaine, des petits Blancs déclassés perdus dans une nature qui les protège mais les étouffe, montre un homme ordinaire, avec des rêves ordinaires. Chaque pas pour s'en sortir, comme dans les bayous, accélère la chute. Le roman noir s'apparente à la tragédie. Le lecteur espère une rédemption, une éclaircie mais sait que John Moon va s'enfoncer lentement et que, malgré tous ses efforts, la chute n'en sera que plus cruelle et désespérante. Elle est ici particulièrement rude mais logique. Toute la force stylistique de Matthew F. Jones tient dans sa capacité à décrire le quotidien (la douceur d'une proie que l'on respecte et que l'on caresse, le bain glacé que l'on prend pour se purifier, le décor d'un bois...), à rendre vivant un personnage en quelques lignes (l'ex-épouse, un avocat, un voisin charitable, la morte du début...).

À la fin, lorsque la bulle de chewing-gum finit par exploser, on en a plein le visage (parfois sur les lunettes), et l'espérance de la voir grossir encore et encore a disparu. Pourtant, il se dégage quelque chose d'indéfinissable qui se rapproche d'un moment de béatitude. Étrangement, c'est ce que l'on ressent après la lecture de Une semaine en enfer.

Citation

John saute à côté de la corde, enlève le lasso à la génisse pleine de boue, puis recule tandis qu'elle se redresse tant bien que mal. Soufflant par les naseaux, chiant et pissant en même temps, la vache fonce vers la pâture pendant que John, qui la regarde s'éloigner, regrette de ne pas avoir eu la même chance avec la fille morte.

Rédacteur: Laurent Greusard vendredi 29 mars 2013
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page