Au vent mauvais

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Bande dessinée - Noir

Au vent mauvais

Braquage/Cambriolage - Road Movie - Terrorisme MAJ mercredi 27 mars 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Rascal (scénario), Thierry Murat (dessin)
Paris : Futuropolis, 0000
110 p. ; illustrations en couleur ; 27 x 20 cm
ISBN 978-2-7548-0728-9

Road-comics nostalgique

Sept ans d'incarcération, c'est long et ça vous apprend que quelle que soit la surface d'un appartement, l'enfermement entre quatre murs est le même. Abel Mérian n'est peut-être pas un philosophe mais c'est un esthète dans l'âme. Et une âme, il en faut quand après s'être rendu sur les lieux d'une usine désaffectée où l'on a enterré le butin d'un braquage, on se rend compte que le bâtiment a été rénové en musée d'art moderne et contemporain, et que le magot git sous une chape de béton. Perdu dans ses pensées et dans une toile de Magritte, il entend les "Variations Goldberg" pour mieux se rendre compte qu'un portable s'est perdu sous son banc. Au bout du fil, sa propriétaire, une belle Italienne aux "beaux yeux noirs et au doux prénom de fleur à épines", qui vient de se séparer de son ami, et qui est sur le point d'embarquer pour son pays natal à bord d'un avion d'Air Italia. Elle lui donne son adresse afin qu'il lui retourne le téléphone, mais Abel Mérian est un impulsif. Il s'approprie le téléphone portable, prend sur lui le mauvais soin de répondre aux sms des amies inquiètes de l'Italienne, mais aussi à l'amant éconduit. Surtout, il vole une berline allemande et s'en va trouver sa belle dont il est tombé amoureux.

"Et je m'en vais / Au vent mauvais / Qui m'emporte / Deçà, delà / Pareil à la / Feuille morte." Ces vers de Verlaine de Chanson d'automne collent à la peau d'Abel Mérian et à la bagnole qu'il a volée tout au long de ce road-comics, véritable roman graphique de l'épure où Thierry Murat dessine à l'encre sur des cartons que l'on imagine sépia de très beaux portraits encadrés de non moins beaux paysages, histoire d'illustrer une sombre et mélancolique narration belge de Rascal. L'antagonisme du récit est justement mis en avant par la citation de Rimbaud en exergue : "La vie est la farce à mener par tous." Rimbaud et Verlaine, ou encore Abel et Caïn. Car comment parler d'Abel sans Caïn dans une bande dessinée qui rend hommage aux deux frères passionnément ennemis de la poésie française ? Si Verlaine est allé en prison et Rimbaud en exil africain, alors Abel sort de prison et choisit l'exil italien. Qu'en est-il alors de son double, Caïn ? Et c'est bien le problème d'Abel. L'occasion de transformer la farce macabre, il la saisit à bras le corps en décidant de se lancer dans un périple amoureux.

Seulement, la vie ce n'est pas la publicité. Là où dans une gare un homme munit d'une carte bleue prend sur un coup de tête un train pour rejoindre une belle inconnue puis revenir quelques années plus tard avec la belle dans un bras et des enfants dans les autres, Rascal a décidé que seul le trajet aller serait teinté d'une douceur humaniste et poétique. Alors Abel suit son petit bonhomme de chemin avec ses pensées perturbées par Lucky, le vieux chien qu'il découvre sur la banquette arrière de la berline. Puis, le chien mort naturellement et enterré, c'est un pneu crevé qui le fait croiser la route d'un gamin fugueur, qui le quittera à Rimini pour une belle adolescente italienne. Le retour à la vraie vie sera pour Abel aussi funeste qu'envisagé dès le début par le lecteur. À l'égal d'une des saynètes des Nouveaux monstres, réalisés par Mario Monicelli, Dino Risi et Ettore Scola en 1977. Mais que dire de ces dessins de Thierry Murat qui sont autant de tableaux contemplatifs dans lesquels on se perd ? "Tout suffocant / Et blême, quand / Sonne l'heure, /Je me souviens / Des jours anciens / Et je pleure;". C'est tout le souci d'Abel "Caïn" Mérian...

Illustration intérieure


Citation

J'avais envie de lignes d'horizon, de grands vents, de pluies chaudes, de nuits étoilées, d'océans, de ruisseaux, de vallons, de forêts, de déserts, de nuages tout entiers... J'avais besoin d'ailleurs. Avec l'idée de m'y égarer, surtout. En regardant dans le rétroviseur, j'ai vu que je n'étais pas seul.

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 24 mars 2013
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