Ils vivent la nuit

Avec douceur le Prédicateur s'avançait au milieu de son troupeau d'âmes affamées. Sa bénédiction tombait sur elles comme une semence précieuse. Il les pénétrait du regard, connaissant leur solitude, et leur faim immense que seul un homme de la trempe du Prédicateur pouvait satisfaire.
Joyce Carol Oates - Daddy Love
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

1994
Il est très symbolique que le troisième roman d'Adlène Meddi s'ouvre et se clôture par une scène ...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

samedi 17 novembre

Contenu

Roman - Noir

Ils vivent la nuit

Historique - Mafia - Corruption - Gang MAJ lundi 25 mars 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23,49 €

Dennis Lehane
Live By Night - 2012
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Maillet
Paris : Rivages, mars 2013
530 p. ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-2461-3
Coll. "Thriller"

Joe Coughlin out

"Quelques années plus tard, sur un remorqueur dans le golfe du Mexique, Joe Coughlin verrait ses pieds disparaître dans un bac de ciment frais." Dennis Lehane manie à la perfection l'art de l'incipit pour nous plonger dans sa ville de Boston en 1926. Joe Coughlin, c'est une petite frappe d'un trio de frappadingues, qui commettent un braquage dans l'arrière-salle d'un tripot où sont attablés les pontes de la pègre locale, dont Albert White accompagné pour l'occasion de sa maitresse Emma Gould. Une erreur en engendrant une autre, Joe Coughlin tombe amoureux fou d'Emma Gould, et n'a de cesse de la séduire. Une nouvelle erreur en engendrant une autre nouvelle, la bande de frappadingues braque une banque, mais l'un des trois a donné ses partenaires à Albert White donc à la police. Une éphémère course-poursuite conduit à trois morts dont deux côté flics. Joe Coughlin passe à la case prison après avoir laissé son magot dans une consigne de gare, et avoir été témoin de la disparition tragique d'Emma Gould lorsque la voiture dans laquelle elle est retenue prisonnière sombre dans l'eau.

Dennis Lehane prend alors le temps de dépeindre l'univers carcéral avec son code particulier. Fils de flic, Joe Coughlin ne tarde pas à intéresser Maso Pescatore figure mafieuse de la contrebande d'alcool. Celui-ci lui remet des papiers qu'il doit à son tour remettre à son père. Rien de bien alarmant car il s'agit avant tout de la localisation des dépôts d'alcool de la concurrence, mais l'histoire se gâte lorsque Maso Pescatore commandite un meurtre. À partir de là, c'est un déferlement de violence, de haine et de fureur. Il y a de l'esbroufe, de la réflexion et, surtout des intérêts communs. Sitôt sorti, Joe Coughlin - au service de Maso Pescatore - s'en ira à Ybor, petite bourgade raciste de l'ouest de la Floride, remettre de l'ordre dans les comptes de la mafia (entendez par là éliminer les importuns, s'accaparer le monopole de l'alcool, faire fructifier le tout). Rien que du normal pour un homme qui lui-même définit ce à quoi il appartient : "La nuit. On ne s'en lasse pas. Si tu vis le jour, tu suis les règles de la société. Nous on vit la nuit et on suit les nôtres. Le problème, D... c'est qu'on n'a pas vraiment de règles." Or, Joe Coughlin commet une erreur, une seule, car une règle, il y en a une, ou plutôt une condition : être un gangster et non un hors-la-loi. Et Joe Coughlin est un hors-la-loi, qui plus est romantique.

Tout au long d'un peu plus des cinq cents pages de son roman, Dennis Lehane s'acharne avec talent à décrire ce qui distingue son héros de ses congénères. Être froid, calculateur, intelligent, Joe Coughlin n'a qu'un seul défaut : il rechigne à tuer. Pire, il ment pour sauver des vies. Sûr de sa supériorité intellectuelle mais aussi de l'implacabilité comptable des chiffres dans les livres - après tout, il a multiplié les bénéfices d'une ville par six, il se pense au-dessus de tout péril. L'histoire racontée par Dennis Lehane contredira Joe Coughlin en un vaste fresque romanesque historique hommage sombre aux gangsters nés de la Prohibition. Jubilatoire.

Nominations :
Prix Mystère du Meilleur roman étranger 2014

Citation

À Charlestown, les hommes apportaient leur calibre 38 à la t able du dîner et se servaient du canon pour remuer le sucre dans leur café.

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 24 mars 2013
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page