L'Expatriée

Jamais psychose du poison n'avait été si grande. À la moindre indigestion, on arrêtait servantes et domestiques. Sur le bureau du lieutenant général de police, les dénonciations s'amoncelaient. Des innocents passaient parfois des mois entiers en prison avant de pouvoir se justifier.
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Roman - Noir

L'Expatriée

Psychologique - Huis-clos - Assassinat MAJ mardi 12 mars 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17,9 €

Elsa Marpeau
Paris : Gallimard, février 2013
258 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-07-013964-4
Coll. "Série noire"

Comment fuir soi-même

Juste avant la Première Guerre mondiale, la France a vu se développer une littérature coloniale qui vantait les bienfaits de notre civilisation et son implication dans les contrées lointaines. Aujourd'hui, ce genre a pratiquement disparu et les écrivains sont souvent restés très franco-français, voire parisianistes. Elsa Marpeau décide d'évoquer nos nouveaux "coloniaux", les Français qui, pour diverses raisons, notamment professionnelles, s'expatrient vers des contrées qu'ils espèrent riantes. Dans L'Expatriée, c'est Singapour où tandis que le mari va développer son affaire, la narratrice essaye d'écrire un livre. Mais les expatriés vivent dans des immeubles, ensembles, coupés du monde réel, vivant en vase clos, où chaque détail devient vite une rancœur, chaque goutte d'humidité se transforme en moisissure destructrice. Aussi lorsque l'un d'eux est retrouvé mort, les soupçons vont beau train et Elsa, qui était devenue l'amante de la victime, se transforme en suspecte toute désignée. Elsa (tiens, tiens...) Marpeau reconstitue alors avec soin et en quelques lignes le sentiment d'oppression, la lourdeur, la moiteur, le poids des groupes sociaux bloqués et figés, symbolisés par de nombreuses scènes se déroulant autour de la piscine réservés aux Européens qui s'inscrit dans la résidence.
Afin de renforcer encore les sensations d'enfermement, Elsa Marpeau greffe sur son intrigue principale une seconde qui renvoie à la même thématique traitée de manière différente : les expatriés vivent en patrons coloniaux, utilisant des domestiques (Singapour oblige, il s'agit de Philippines) qui sont presque des esclaves. Aussi, lorsque la domestique d'Elsa montre qu'elle détient des preuves qui pourraient impliquer sa patronne dans le meurtre, la jeune femme est bien obligée d'aider sa domestique, dans une inversion maître/domestique en une version féminine du film réalisé par Joseph Losey en 1963, The Servant.
À cette histoire qui permet des développements intelligents et fins - qui piège réellement qui ? Qui est l'assassin ? Le mari est-il au courant ? Le mort est-il aussi franc que l'on pouvait le croire ? -, Elsa Marpeau ajoute une couche qui fait perdre les repères du lecteur comme une expatriée perdant ses repères dans ce faux univers qu'est la résidence pour Occidentaux. Par une description psychologique fouillée et crédible, les personnages ne sont jamais réellement ce qu'ils prétendent être. C'est ainsi qu'Elsa est une jeune femme au bord du gouffre, que son mari l'aime et en sait sans doute beaucoup plus qu'on ne le croit, et que les amies d'Elsa lui en veulent. Tout n'est que simulacre et désœuvrement, rendu par un style qui sans insister, joue sur l'enfermement, le lieu clos, les routines et leurs légères dérives, dans la filiation des meilleurs roman de Pierre Boileau et Thomas Narcejac.

Nominations :
Prix Landerneau Polar 2013
Mille et une feuilles noires 2013
Prix Mystère de la Critique 2014

Citation

Je suis juste moins lâche que toi. Tu as peur de tout. De la mort, de tes désirs, de tes colères. J'ai juste laissé éclater ta rage.

Rédacteur: Laurent Greusard samedi 09 mars 2013
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