À l'épreuve de la faim

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Roman - Noir

À l'épreuve de la faim

Enquête littéraire - Autobiographie MAJ jeudi 28 mars 2013

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Frederick Exley
Pages From a Cold Island - 1974
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Aronson, Emmanuelle Aronson
Toulouse : Monsieur Toussaint Louverture, février 2013
318 p. ; 20 x 14 cm
ISBN 979-10-90724-03-7

L'homme de tous les Exley

Tout comme Le Dernier stade de la soif, écrit quatre ans plus tôt, À l'épreuve de la faim n'est pas à proprement parler un roman noir et encore moins un polar. Mais tout commence par une mort. Nous sommes en 1972, Exley, auteur et narrateur patine sur le roman que nous sommes précisément en train de lire. Il ne hante plus les hôpitaux psychiatriques mais a toujours cette fâcheuse habitude de vider des vodkas pamplemousse à longueur de journées. Mais venons-en au mort : pas un homicide, pas un accident violent, rien d'énigmatique - un vieil homme qui s'éteint. Sauf que le vieil homme n'est autre qu'Edmund Wilson, grand écrivain américain particulièrement admiré par Frederick Exley. Exley épluche la presse, regarde les journaux télévisés, mais rien, ou si peu, seulement quelques lignes nécrologiques à se mettre sous la dent. Dès lors, l'auteur brosse un triple portrait : celui de Wilson, celui de cette Amérique incapable d'honorer ses grands auteurs et le sien - Frederic Exley, auteur d'un livre remarqué mais qui ne lui a pas permis d'assouvir son désir de reconnaissance, son fantasme d'écrivain. Un écrivain reclus sur son île qui part à l'abordage du continent quand il en a l'occasion : animer un atelier d'écriture, recevoir un prix ou serrer la main de Salinger. À chaque fois, un verre, des filles, parfois des coups. Partout, ce sentiment de solitude et d'incompréhension. Et cette tentation d'ancien alcoolique qui n'a pas toujours envie de lutter.

Une sensibilité à fleur de peau qui s'abrite derrière une allure rustre, lourde, provocante, une carapace qu'il lustre à grands coups de hurlements, de potacheries et de verres qu'il ne laisse jamais à moitié vides : "oui, nous avons beau nous enfermer dans la carapace la plus dure et la plus impénétrable qu'il soit, les ennuis finissent toujours par nous tomber dessus." On ne sait jamais à quel point il joue de son personnage. Il se rêve grand écrivain, reconnu, avec ses admirateurs qui le suivent et lui écrivent. Exley balance entre tout prendre et tout laisser, peu à l'aise avec les honneurs, il les reçoit et les fuit, parce qu'il a peur de tout et se cache derrière une arrogance de façade : "Mon putain de problème [...], c'est que j'avais peur : peur de la beauté et de la laideur, peur d'être aimé et de ne pas l'être, peur de vivre et peur de mourir, tellement peur du soleil que je ne parvenais pas à ouvrir les yeux le matin, et tellement peur de la nuit que je ne pouvais les fermer le soir pour m'endormir ; j'avais peur."

Cette peur d'être aimé est sans doute le cœur de ce livre où le rire parfois gras mais toujours intelligent ne sert que de vernis épais à une sensibilité et à une humanité incroyables ainsi qu'à un humour beaucoup plus fin qu'il n'y paraît. Alors certes, À l'épreuve de la faim n'est certainement pas un roman noir, encore moins un polar. Un grand livre, tout simplement.

Citation

Je tournais à l'époque à deux cuites par jour : je prenais la première au réveil dans l'appartement cossu que j'avais emprunté, et la seconde au Head, après ma sieste de fin d'après-midi ; et dès lors, mon discours se limitait à ouais, man, et tu déconnes, rien qui ne mérite d'être gravé sur les murs des toilettes pour hommes.

Rédacteur: Gilles Marchand jeudi 07 mars 2013
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