L'Énigme de Flatey

Mock effectuait son second voyage sentimental dans le temps de la journée. Il le ramenait à l'époque où on lui donnait du 'monsieur le directeur criminel', dans ces lointaines années où il n'était pas envahi vingt-quatre heures sur vingt-quatre par des pensées amères et des bouffées de désespoir.
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Roman - Policier

L'Énigme de Flatey

Historique - Huis-clos - Assassinat MAJ jeudi 07 mars 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Viktor Arnar Ingólfsson
Flateyjarfata - 2002
Traduit de l'islandais par Patrick Guelpa
Paris : Le Seuil, février 2013
360 p. ; illustrations en noir & blanc ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-02-107123-8
Coll. "Policiers"

Au bout du monde civilisé

Comment aller encore plus loin dans l'exotisme généré par les pays nordiques et leur version glaciaire du polar ? Viktor Arnar Ingólfsson nous offre une double réponse. Tout d'abord, en nous forçant à reculer dans le temps car l'action de son intrigue se déroule au début des années 1960 dans un décor encore plus décalé - les îles à l'extrême ouest de l'Islande, ce qui doit en faire la partie la plus occidentale de l'Europe. Enfin, en ancrant son intrigue meurtrière autour de l'étude de manuscrits qui racontent les premières sagas du peuplement islandais.
Nous voici donc plongés dans une enquête ethnographique aux décors accidentés - des îles perdues au bout de nulle part, peuplées des derniers irréductibles de l'espèce humaine, tandis que la jeunesse part se concentrer vers la terre principale où elle trouve le confort. Une vie rude, alcoolisée, en contact sauvage avec la nature, où l'on vit de la chasse de phoques, de la pêche de poissons et des plumes d'eider. Et surtout, lorsqu'on découvre un cadavre sur Flatey, l'une des petites îles, ce qui contrarie les habitants c'est que l'odeur du cadavre incommode les phoques qui fuient. Cela permet à Viktor Arnar Ingólfsson d'écrire quelques scènes drôles, comme lorsque son enquêteur, le juriste Kjartan, doit se nourrir chez les habitants de graisse de morse revenus dans des bouts d'oiseaux et autres joyeusetés. Le corps était celui d'un historien danois venu consulter le manuscrit d'un saga norvégienne conservé dans une bibliothèque islandaise : une énigme toute scandinave dont est exclue la Suède s'ouvre dont à un juriste qui enquête à reculons.
Comme une mise en abyme, chaque chapitre est ponctué par une énigme dont la réponse est donnée dans la foulée. Plus que l'énigme en elle-même, c'est bien toute l'atmosphère violente des premiers Islandais (apparentés aux Vikings) qui se manifeste dans une suite de vignettes sanglantes. La résolution finale n'a d'ailleurs visiblement que le but de parler de ces fameuses sagas et de constituer un arrière-fond culturel intéressant plus que nous aider à découvrir le coupable remisé à un rang de découverte accessoire.
Dans un milieu fermé, la figure du juriste, qui enquête d'ailleurs à contrecœur, devient avant tout le moyen de dresser un portrait collectif d'une communauté en voie de disparition. Viktor Arnar Ingólfsson parvient à rendre parfaitement la vie difficile, les tentatives d'échappatoire, les envies d'ailleurs et le besoin de rester, de faire perdurer un univers aux règles strictes mais reposantes lorsqu'elles sont acceptées. Cette vie coupée du monde crée son propre fonctionnement et même si l'on découvre les coupables, il sera difficile de les faire juger. De toute façon, l'important pour l'auteur (et pour le lecteur s'il veut embarquer dans ce roman) n'est pas la description d'un meurtre et sa résolution, mais la re-création d'un monde rural insulaire où, malgré d'immenses difficultés naturelles, une communauté essaye de vivre.

Citation

Je n'avais aucune raison de lui en vouloir, mais d'un autre côté, il est vrai que comme il était si bien disposé à recevoir un coup, je n'ai pas pu m'en empêcher.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 06 mars 2013
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