Liquidations à la grecque

Pour la première fois depuis des années d'obscurité totale, elle distinguait des images, des couleurs et même la lumière du jour. Elle rêvait en images et plus seulement en bruits et en sensations. C'était inouï, inespéré, troublant.
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mercredi 19 septembre

Contenu

Roman - Policier

Liquidations à la grecque

Vengeance - Finance MAJ vendredi 18 janvier 2013

Note accordée au livre: 2 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21,5 €

Pétros Márkaris
Lixiprothesma dania - 2010
Traduit du grec par Michel Volkovitch
Paris : Le Seuil, octobre 2012
328 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-02-105351-7
Coll. "Policiers"

Intrigue en crise

Récemment les journaux faisaient état de la pollution grandissante à Athènes car les Grecs, à bout de ressources, sont revenus au chauffage au bois et brûlent ce qu'ils peuvent, y compris du bois non destiné au chauffage. C'est ainsi sans doute que le tiers monde commence à nos portes. Le roman noir se devait de rendre compte de cette situation et qui était mieux placé qu'un écrivain grec surtout de la trempe de Pétros Márkaris ? D'emblée, le romancier y va fort : son intrigue tourne autour de représentants des banques et de la grande finance qui sont retrouvés la tête tranchée. En même temps, des affiches sont placardées pour demander aux habitants de ne plus rembourser les banques. Son commissaire récurrent, Charitos, doit mener l'enquête rapidement, au milieu des grèves et des embouteillages qui paralysent la ville. Heureusement il a un GPS (hautement symbolique, car c'est la seule personne qui lui donne des ordres qu'il peut refuser)...

La bonne idée de Pétros Márkaris est de ne pas se voiler la face : d'un côté, nous assistons aux magouilles des banques, aux volontés de l'État de transformer cette revendication sociale en force terroriste, aux réseaux de débrouillardise des Grecs pour continuer à vivre. De l'autre, l'auteur montre bien que la situation est aussi due (en partie) aux mêmes petites gens qui ont profité des commodités du monde moderne : prêts faciles pour spéculer dans l'immobilier, ou même paternalisme politique -on rêve en entendant les policiers se plaindre car ils vont perdre leur quatorzième mois. C'est dans cette description du quotidien, en général, et surtout le soin qu'il apporte à développer ses personnages du commissaire à sa famille en passant par ses adjoints, et en ajoutant les recettes de cuisine, les matchs de football, la circulation à Athènes, etc. En ce qui concerne l'enquête elle-même, elle va arpenter la piste de la vengeance contre les possédants, pour, grâce à un concours de circonstances un peu facile, suivre finalement celle de la vengeance particulière, aux convulsions et aux conclusions peu captivantes pour le lecteur averti. On s'attend à une description pointue de la crise et on passe à autre chose, comme si avoir été malmené de fausse piste en fausse piste permettait d'arriver à destination. La vérité est parfois dialectique, comme diraient les marxistes qui regardent cette crise actuelle comme ils en ont ausculté d'autres, quant au roman à osciller entre les détails du quotidien et une enquête peu avenante, il en épouse la forme.

Nominations :
Prix des lecteurs de Villeneuve lez Avignon 2013

Citation

Les quatre-vingts première années de vie sont difficiles, puis tu meurs et tu es tranquille. Mais maintenant, les quatre-vingts premières années ne sont pas seulement difficiles, on va les passer à bosser.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 17 janvier 2013
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