Le Pogo aux yeux rouges

Ce n'est pas l'heure de se bourrer. On a à discuter. Il y a des morts sans tueurs, des tableaux qui se baladent sans propriétaire, des Mata Hari qui tueraient père et mère pour les récupérer. Et toi, tu ne penses qu'à boire. Elle est belle la police !
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mardi 13 novembre

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Bande dessinée - Noir

Le Pogo aux yeux rouges

Social - Gothique - Urbain - Complot MAJ lundi 07 janvier 2013

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,9 €

Jean Vautrin (scénario), Eugénie Lavenant (dessin)
Scénario adapté de l'œuvre de Jean Vautrin
Paris : Sarbacane, janvier 2013
80 p. ; illustrations en noir & blanc ; 29 x 23 cm
ISBN 978-2-84865-576-5

Chronique

"Le roman noir, c'est l'apprentissage sur le tas. C'est la vie sous la couverture. Dans l'ombre et dans la marge. Une discipline qui sied aux autodidactes, aux libres penseurs, aux doux dingues de l'utopie, aux fascinés de l'anarchie, aux ennemis de l'ordre noir." Cette introduction de Jean Vautrin tirée de la revue Les Temps modernes d'octobre 1997 illustre bien ce qu'Eugénie Lavenant illustre de cette nouvelle éponyme tirée de Baby Boom, recueil primé d'un Goncourt de la nouvelle. Il faut dire qu'à la gouaille de l'un répond le trait élégant et irrespectueux de l'autre. Jean Vautrin s'immerge dans les tréfonds de l'humain pour mieux révéler la désespérance aux frontières de l'inhumain. Et Eugénie Lavenant, elle, s'ingénie à l'inverse à peindre la beauté des corps et des lieux avant de l'assujettir aux volontés perfides de leur créateur.

Il y a dans cette bande dessinée une exploration approfondie des sentiments de l'amour à la vengeance. Le Pogo aux yeux rouges débute comme une bande dessinée noire avec un enquêteur journaliste qui recueille le témoignage d'un homme improbable avant de plonger dans le roman graphique urbain en une balade parisienne à travers une histoire contemporaine sordide, sociale, et révoltante, et de se conclure en une ode à la bande dessinée érotique dans une maison cossue tenue par une hôtesse qui veut être déchue de son statut de femme fatale.
Zac, clochard imbibé aux yeux veinés de rouge, aux pieds baignant de sueur dans des bottes de caoutchouc, fait la rencontre fortuite de "Lafayette" comme il le surnomme. Un journaliste à qui il entend dégoiser l'histoire étrange d'un homme mort, marié à une très jolie femme qui l'a enterré en échange d'une appétissante assurance-vie et qui s'est remise avec un autre homme. Mais l'histoire a des dessous sordides, et Zac est aussi touchant que répugnant. Surtout, il a le don de la grossièreté, et cet héritier de la barbarie civilisée sait se montrer d'un sans-gêne qui n'a d'égal que sa volonté de s'avilir. Un pleutre en puissance qui n'a pas le courage de ses actes, ni la volonté d'en finir avec une vie qu'il conchie. Quelqu'un qui passe son temps à ruminer de sombres projets pour souiller une femme qu'il a aimé, qu'il aime, et qui étrangement l'aime encore en retour mais s'est maintenant dévolue à un autre homme. Héritier pour le coup des personnages de Sartre dans L'Âge de raison ou de Gilles dans le roman éponyme de Drieu La Rochelle.

Le lecteur parcourt, lui, cette adaptation avec délectation. Il admire le trait d'Eugénie Lavenant qui prend tout son relief dans les personnages fondus dans les intérieurs bourgeois. Il observe intéressé mais quelque peu incrédule cet étrange clochard, personnage atypique des rues déjantés du Paris de Jean Vautrin. Un homme ordinaire à la vie extraordinaire plongé dans un monde non moins étrange... Captivant !

Citation

J'aurais donné n'importe quoi pour être un glaïeul. Gagner l'étape. Avoir la peau à neuf vies. Être Jack London. Sucer du Pulitzer. Ou faire la pige à Ring Lardner. J'étais doué d'une personnalité assez entreprenante en somme. J'étais plutôt teigneux sur le métier. Rien ne me rebutait.

Rédacteur: Julien Védrenne dimanche 06 janvier 2013
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