Le Grand sommeil

Le lac Léman était gris. La neige saupoudrait ses rives, le froid était perçant. Alberto releva son col, enfonça son bonnet et sortit de la gare. Il prit un tramway pour l'université et alla se promener près du lac, dans le parc du Bourget. Son interlocuteur avait insisté pour le rencontrer dans un endroit discret. C'était un professeur de physique russe, qui travaillait à l'université depuis quatre ans. Il connaissait bien le milieu des scientifiques de son pays, et souhaitait garder l'anonymat.
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Roman - Noir

Le Grand sommeil

Hard boiled MAJ jeudi 26 mars 2009

Note accordée au livre: 6 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 5,5 €

Raymond Chandler
The Big Sleep - 1939
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Boris Vian
Paris : Folio, octobre 1998
252 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-07-040647
Coll. "Policier", 13
Philip Marlowe, 1

Ce qu'il faut savoir sur la série

Enquêteur pour le district attorney de Los Angeles, Philip Marlowe a été victime de l'influence d'un homme politique qui avait maquillé un meurtre. Devenu un privé, de dix ans le cadet de Sam Spade (héros de Dashiell Hammett), il est l'image même du détective qui ne roule pas sur l'or et travaille ses sarcasmes.
Adepte du Gimlet (1/2 gin, 1/2 citron, une goutte de sirop de sucre de canne et bitter), homme d'honneur armé d'un Luger .38, Philip Marlowe fait son apparition en 1939 dans Le Grand Sommeil. Il sera héros de huit romans et d'une nouvelle, immortalisé lui aussi à l'écran par Humphrey Bogart, qui partage avec lui le goût des jolies femmes et de l'humour caustique.

Vian ne mâche pas ses Marlowe

Le vieux général Sternwood a bien du mal à s'en sortir avec ses deux filles et sent qu'il se trame des choses encore moins catholiques que les choses pas catholiques de d'habitude. Alors il fait appel à un détective privé. Philip Marlowe. Vivian et Carmen, les deux filles Sternwood, font les quatre cents vices.
Vivian est plutôt alcool et jeux de hasard. Carmen est plutôt drogue et sexe. Mais c'est surtout Carmen qui crée problème. Elle pose nue pour des photographes qui ont la fâcheuse tendance à mourir. Les clichés se volatilisent pour mieux réapparaître dans les mains de maîtres chanteurs. Une étrange librairie propose des livres pornographiques à ses clients. Ces livres, eux aussi, ont la fâcheuse tendance à se volatiliser.
Des truands s'en mêlent. Marlowe doit jouer les diplomates s'il ne tient pas à ce que ça défouraille dans tous les sens. Les deux pimbêches plongent dans son lit. C'est mal connaître ses facultés de résistance à sa libido. Peu dire que c'est de sacrées bimbos, mais Marlowe c'est du solide. Personne ne l'écoute, alors ça commence à tomber comme ça tombera à Stalingrad. Marlowe remue ciel et fange. Déterre de sordides histoires bien décidé à remettre de l'ordre dans cette famille de cinglés tout en épargnant Sternwood, à moitié paralysé et entièrement sur le déclin.

Le Grand sommeil est paru en 1939. Écrit en 3 misérables mois. C'est aussi la première apparition en tant que tel de Philip Marlowe. La trame du roman est une collation de deux de ses nouvelles, Un tueur sous la pluie (1935) et Le Rideau (1936). Cela explique quelques raccommodages à la grosse aiguille dans un roman où Raymond Chandler s'est attaché à parfaire son style plutôt que son intrigue.
Philip Marlowe est porté à bout de bras par trois personnages forts. Il y a tout d'abord Raymond Chandler et sa vision de l'Amérique et de ses gangsters à chaque coin de rue. Ensuite, il y a Humphrey Bogart qui l'incarne à l'écran, espèce de sex symbol hyper charismatique des années 1940. Et puis, avec Le Grand sommeil, il y a son traducteur. Boris Vian. Et là, on vire au sublime. Joie de découvrir un roman avec un jongleur des mots, un amateur de romans noirs et, surtout, un écrivain qui a tout compris à Raymond Chandler. Boris Vian, mieux qu'un litre de café, est ici l'assurance de ne pas sombrer dans… Le Grand sommeil !
"C'est en disant des choses comme ça qu'on attrape des fausses dents", explique Philip Marlowe au tueur Carol Lundgren. Eh bien, c'est aussi en lisant des choses comme ça qu'on attrape de vrais moments de pur plaisir.


On en parle : 813 n°108

Citation

Aucune des deux personnes qui se trouvaient dans la pièce ne fit attention à la façon dont j'entrais ; pourtant, une seule d'entre elle était morte.

Rédacteur: Julien Védrenne samedi 21 mars 2009
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