Lettres de Carthage

Ici, dans la zone frontalière, on était anonyme. Ici, on satisfaisait ses besoins primaires et on poursuivait sa route.
Knut Faldbakken - Frontière mouvante
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Dégradation
Le titre français de ce roman de Benjamin Myers évoque l'idée d'un univers qui va vers sa dispari...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

mercredi 19 septembre

Contenu

Roman - Noir

Lettres de Carthage

Social MAJ mardi 16 octobre 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18,5 €

Bill James
Letters from Carthage - 2007
Traduit de l'anglais par Fabienne Duvigneau
Paris : Rivages, octobre 2012
24 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-2406-4
Coll. "Thriller"

Jeux de correspondance

Caton l'Ancien, sénateur romain, rappelait chaque jour à ses concitoyens qu'il fallait détruire Carthage, cette ville qui menaçait l'expansion de l'empire romain naissant. Aujourd'hui, Carthage n'est plus une splendide cité, où séjourna aussi quelques années les pensées de Gustave Flaubert alors qu'il écrivaitSalambo, mais une banlieue pavillonnaire chic de l'Angleterre contemporaine. Une banlieue qui ne semble pas concernée par le monde du travail, mais où les propriétaires s'inquiètent de la qualité des sculptures animales réalisées dans les buis des bosquets, où l'on attend la médaille que va donner la Reine pour services rendus à l'Empire et où les maîtresses de maison sont bien obligées de nettoyer les moquettes tachées par les vestiges des partouzes.

C'est ce monde de faux semblants que décrit avec un soin attentif Bill James. Pour en cerner la bizarrerie, avec une ironie mordante, il écrit un roman épistolaire. Là où justement le roman par lettres jouait avec la connivence des lecteurs - la lettre racontait des événements ou des sentiments que l'auteur de la lettre ressentait ou vivait -, Bill James fait un pas de côté. Les lettres sonnent juste, mais des fêlures apparaissent régulièrement et décrivent une situation tordue : pourquoi Jill écrit-elle sans arrêt à sa mère pour évoquer les dangers de sa situation conjugale tout en restant avec son mari ? Pourquoi le dit mari manifeste-t-il autant de gentillesse et en même temps passe-t-il autant de temps à espionner sa femme ? Quel rôle joue la voisine, membre des services administratifs de la police ?
Par petites touches, chaque lettre dresse un portrait plausible mais où l'on sent les failles, comme ces cauchemars éprouvants où nous savons qu'il y a une menace diffuse, dans l'atmosphère, invisible mais pesante. Plus les lettres se succèdent, plus le sentiment de réalité se disloque et perturbe le lecteur tout en restant éminemment logique et crédible. Les "chutes" finales, révélations étranges, expliquent la situation mais en même temps, Bill James a si bien réussi son coup que nous ne savons pas quelles fins sont réelles et lesquelles sont le fruit de l'imagination des protagonistes.

Comme dans les derniers romans de James Graham Ballard, qui exploraient aussi les banlieues modernes des classes aisées ou les films de David Lynch, Lettres de Carthage explore ce moment où la normalité va basculer dans l'horreur, comme cette horreur est déjà contenue dans l'atmosphère de normalité, comme l'attente longue et pénible d'un orage qui doit éclater mais se fait attendre. Derrière l'orgueilleuse beauté de Carthage, il y a toujours un Caton qui appelle à la détruire et la destruction arrivera.

Nominations :
Prix Mystère du Meilleur roman étranger 2013
Prix Arsène Lupin 2013

Citation

Quelques embarras risquerait d'en surgir, surtout si le blason de votre distinguée famille venait à s'étaler sur un de ces vulgaires tabloïds en raison d'allégations invoquant des actes inconvenants.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 01 octobre 2012
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page