100 crimes à Marseille

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mardi 07 février

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Essai - Policier

100 crimes à Marseille

Assassinat - Faits divers MAJ mardi 18 septembre 2012

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Denis Trossero
Marseille : L'Écailler, août 2012
300 p. ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-36476-015-8
Coll. "100 crimes"

Du sang dans le pastis

Après Paris : 100 crimes oubliés, d'Olivier Richou et Michel Martin-Roland, c'est Denis Trossero, spécialiste des affaires judiciaires et policières au quotidien La Provence, qui se colle à la rédaction d'un recueil sur Marseille. Indispensable donc dans le catalogue de L'Écailler, éditeur marseillais. "Les passions et les douleurs y sont-elles plus exacerbées qu'ailleurs ?" s'interroge l'auteur dans son avant-propos. Dans, ces passions comptons l'appât du gain car, ces derniers temps, les kalachnikovs de la deuxième ville de France sont plutôt à l'honneur... Comme le prévient aussi l'auteur, l'ouvrage est à lire "à petites lampées" car il est constitué de cent récits fort courts, d'une, deux à trois pages pour les plus longs, ce qui empêche une lecture longue dans laquelle on peut s'immerger pendant plusieurs heures. Mais, il a pris soin de regrouper ces faits divers par paquets de quatre à huit en sous-rubriques thématiques ce qui permet d'allonger la lecture et distinguer les facettes d'un phénomène comme celui, central, du Milieu, c'est le cas de le dire. Le premier chapitre "Marseille, tu cries trop fort", regroupe des affaires retentissantes (Gabrielle Russier, la prof amoureuse et suicidée d'un élève mineur, Christian Ranucci-le-pull-over-rouge, Hamida Djandoubi, apprenti proxénète mais expert en torture et dernier exécuté, Le Juge Michel, la French Connexion et les frères Guérini). Avec les deuxième et troisième chapitres "Fortes têtes" et "Associations de malfaiteurs", c'est le tour d'horizon des truands : de Pierrot le Fou à Roger Spanu en passant par Gaëtan Zampa, Hoareau, Mondoloni, Francis le Belge et l'increvable Jacky Imbert, miraculé après l'attaque de tueurs à Cassis en 1977. "À l'hopital de la Timone, les chirurgiens vont extraire du corps de Jacky Imbert vingt-deux projectiles : sept balles de 11.43, qui n'ont touché aucun organe vital, et deux décharges de chevrotine de calibre 12." Le tour d'horizon se poursuit au sixième chapitre "Jackpot et tiroir-caisse" et au dix-septième "Marseille Mafia". Entretemps, Denis Trossero aura décliné la formule pour les crimes politiques, les escrocs, les crimes dans le milieu médical (dont la fameuse guerre des Cliniques), les empoisonnements, les crimes et les accidents historiques, ainsi que les morts ou disparitions non résolues.

Grâce à la table des matières fort bien détaillée avec ses chapitres, ses titres de faits divers, les dates et le nom des principaux protagonistes voire l'indication du type de fait divers, le lecteur peut donc choisir l'ordre de sa thématique. Se gaver ou non d'histoires de truands, ou commencer par les faits divers crapuleux de la société ordinaire. Par exemple, le chapitre "Au comble de l'horreur", commence par l'empoisonnement des enfants Steijns en 2005 par leur mère et beau-père addictes au sexe, se poursuit par le dépeçage d'une femme par sa fille et l'amant des deux en 1877, l'auto-stop tragique d'une jeune fille (1998), une prise d'otages dans une école (1996), le légionnaire Voituc qui vole la voiture d'un couple, le massacre et viole la petite fille, avant de se suicider en prison (2000), les vieux droguistes torturés (2003), la pauvre fille saoulée et tuée dans un hôtel (2008) et le meurtre d'un pompiste (2008). On voit donc que les faits divers cités peuvent être très contemporains.

Malgré les époques mélangées, et même si la thématique est parfois un peu lâche, il y a une dynamique certaine due à un style proche de la chronique d'humeur, courte et bien écrite ce qui est un tour de force sur un aussi long périple. Denis Trossero a le sens de la formule. Il peut jouer sur les mots et sur les sens. Parfois il est un peu trop en empathie comme dans le cas de cet adjoint participant à une marche silencieuse "parce qu'il sait ce que c'est que de perdre un fils, que d'avoir le cœur arraché, la peine en bandoulière et la vie qui titube à vie". Ou sur cette femme dont la fille a disparu : "Rachida, la mère, dépose des bouquets de mots simples sans haine, ni désir de vengeance, dès qu'elle parle de Fatima. Elle voudrait griffer le destin, le dompter." Il use de citations littéraires à bon escient, trousse de bonnes introductions pour des textes si courts et, quand il allonge un peu son récit comme dans l'énigme du suicide "à deux balles" de René Lucet, trente-huit ans, "le très puissant directeur de la caisse primaire d'assurance-maladie des Bouches-du-Rhône" en 1982, il se révèle à la fois expert pour résumer, en trois pages et demie, une affaire compliquée, tout en gardant un style motivant. Ce qui tient du miracle.

Citation

Alors, il faut trouver un mobile. Parce qu'un crime sans mobile ne fait pas un crime, même si les criminologues, qui ont gardé le sens de l'humour, définissent le crime parfait comme le crime sans mobile.

Rédacteur: Michel Amelin lundi 17 septembre 2012
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