Les Cahiers du ministre

Je paye mon passé, je suis mort et enterré ici au bout de cette vallée, enfermé dans ma famille qui ne m'aime pas mais je me supporte. Je vis en attendant la mort.
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Roman - Policier

Les Cahiers du ministre

Politique - Assassinat - Finance MAJ mercredi 03 octobre 2012

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17 €

Raoul Saint-Luc
Milhaud : Beaurepaire, septembre 2011
202 p. ; 20 x 14 cm
ISBN 978-2-3576-7094-5

Les mauvais comptes font les bons ennemis

"Les personnages que ce roman met en scène sont purement imaginaires. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne peut donc être que fortuite." Ben voyons... S'il y a un roman où cette entrée en matière vaut son pesant de cacahuètes, franchement, c'est bien celui-ci. Et en même temps, à la décharge de l'auteur, ce n'est pas de sa faute si nos hommes politiques ont de plus en plus la fâcheuse tendance à se comporter comme des personnages de roman. À tel point que je me dis que, lors des prochaines élections, il pourrait être judicieux de noter, en bas des professions de foi des candidats, l'avertissement suivant : "Les hommes et les femmes que ces élections mettent en scène sont purement réels. Toute ressemblances avec des personnes fictives ou imaginaires ne peut donc être que fortuite."
Fermons la parenthèse et revenons à nos moutons. Les personnages des Cahiers du ministre, en effet, tout le monde les connaît (ou les reconnaît) : le président Balküci et son ennemi intime, l'élégant Dominique Galarzot, Fabrice Warth, trésorier du parti et visiteur régulier de la veuve Guyancourt, une des plus grosses fortunes de France qui lui remet à chaque fois des valises pleines de biftons... Mais ce lien direct avec la réalité, Raoul Saint-Luc parvient à s'en servir intelligemment et sans en abuser, sans jamais sombrer dans la caricature. Il réussit ainsi à produire un polar crédible, totalement en phase avec l'actualité, mais qui pourra se relire avec autant d'intérêt, dans dix ou quinze ans, lorsque Sarkozy, Villepin ou Woerth ne seront plus (du moins je l'espère) que de vieux (et peu agréables) souvenirs.
Le livre s'ouvre sur la mort accidentelle de Warth. Enfin, accidentelle, ce n'est pas si évident que cela. Ce qui est sûr, par contre, c'est qu'il a caché quelque part une enveloppe dont le contenu intéresse beaucoup de monde. L'enquête, qui doit rester officieuse, est confiée au commissaire Garon.
Drôle de type que ce Garon, cela dit en passant. Pas mal réac, qui n'aime, ni les gauchistes ni les soixante-huitards. Il rêve d'une "monarchie constitutionnelle à la britannique" qui permettrait de "maintenir droite et intacte la colonne vertébrale de l'identité France". Un policier un peu ras de la casquette donc, qui aime bien l'ordre et la morale, mais qui ne crache pas, à l'occasion, sur une petite pipe tarifée et extraconjugale ou sur de lourdes notes de frais dans des hôtels de luxe. D'ailleurs l'auteur, qui nous balade tout au long du bouquin de bouchons lyonnais en restos suisses ou niçois aurait dû solliciter un sponsorat de la part du Guide du Routard ou du Gault et Millau. Bref, Garon, personnage récurrent de Saint-Luc (il sévit également dans La Jeune chair et Emphysiqué !) n'est pas forcément un gars sympathique, mais c'est un flic assez convaincant : c'est ce qui compte, après tout.
L'enquête se suit avec plaisir, même si le rythme n'est pas trépidant. La progression est joliment menée et ne laisse pas de temps morts. Les milieux politiques et policiers sont décrits avec réalisme (même si les flics de Saint-Luc passent beaucoup trop de temps à lire L'Équipe ou à traîner au bistrot) et l'auteur n'a même pas besoin de forcer le trait pour faire ressortir tout ce qu'il y a de pourri et d'affligeant dans le monde merveilleux de notre belle République. On peut juste regretter que la fin soit un peu confuse, comme c'est souvent le cas dans ces polars où l'auteur s'est plus amusé à construire l'intrigue qu'à la résoudre.

Vous pouvez retrouver toutes les chroniques à L'Heure des comptes !

Citation

Les partis politiques étaient comme les épouses, ils n'aimaient pas qu'on regarde de trop près, ni leurs débits ni leurs crédits

Rédacteur: Stéphane Beau dimanche 09 septembre 2012
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