Femmes sur la plage

Parce que Milan, la vraie, grouillait de vie et pour la respirer, il fallait la vivre derrière les façades des immeubles, derrière les halls, à l'intérieur de ces vieilles cours dont peu de gens connaissaient l'existence. Il avait appris plus de choses dans le tram ou dans les bars, ou dans ces boutiques qui depuis avaient disparu, qu'en dix ans à l'école. Il avait eu une enfance pauvre. Mais il répétait toujours qu'il ne l'aurait jamais échangée contre une autre.
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mercredi 26 septembre

Contenu

Roman - Noir

Femmes sur la plage

Disparition - Trafic MAJ vendredi 31 août 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22,8 €

Tove Alsterdal
Kvinnorna pa stranden - 2009
Traduit du suédois par Johanna Brock, Erwan Le Bihan
Arles : Actes Sud, mai 2012
332 p. ; 24 x 15 cm
ISBN 978-2-330-00611-2
Coll. "Actes Noirs"

L'enfer du décor

Reposant sur une pirouette intelligente, Femmes sur la plage offre un superbe portrait de femme, celui d'Ally, vive et sensible. Vivant dans le monde culturel new-yorkais, la recherche de son compagnon va la projeter de l'autre coté du miroir, là où il est facile de tuer quelqu'un, de détruire des esclaves dont tous se moquent, de savourer la vie sur un beau yacht sans se soucier des galériens. Efficace, sans fioritures, le roman se déroule implacable dans son constat d'un monde déréglé, où les traitrises familiales, amoureuses, professionnelles et sociétales se répondent.

Au départ, une plage cela évoque l'idée de vacances. Pour la Suédoise Terese, c'est surtout l'occasion de rencontres sans lendemain, de soirées torrides dans les bras d'un Ibère fougueux. De même Paris, c'est le lieu idéal pour visiter des musées et aller à la découverte de la culture. Enfin, dans un même ordre d'idées, l'Occident, c'est pour les ressortissants des pays pauvres, une fenêtre ouverte sur l'avenir, la possibilité d'un épanouissement certain. De fait, la plage, ce haut lieu symbolique, commence dès les premières pages comme annonciateur des soucis car lorsque la Suédoise, première des trois femmes décrites dans ce roman, se réveille, son prince charmant a disparu et, en marchant, elle bute sur ce qu'elle pense être de prime abord une méduse. Elle vient en fait de piétiner le cadavre rejeté par la mer d'un noir... C'est tout simplement parce que Tove Alsterdal s'empare de ces lieux et y place des femmes avec la ferme volonté que son roman devienne très noir afin de faire apparaitre l'envers du décor.

C'est ainsi que la jeune Suédoise découvre que derrière les rencontres amoureuses, il y a toujours des notions d'intérêt et que les princes charmants sont aussi des voleurs. Pour l'Africaine, la plage c'est l'endroit où elle échoue lorsque les passeurs l'ont laissée pour morte dans les eaux noires au lieu de la faire accoster sur la forteresse Europe. Mais le centre de l'histoire tourne autour d'Ally. Elle est belle, jeune, enceinte et son compagnon est parti pour un reportage à Paris. Comme il ne donne plus signe de vie, elle essaie de le rejoindre et découvre qu'il n'est pas en train de filer le parfait amour avec une autre, mais qu'il a disparu alors que son reportage sur les filières de clandestins commençait à prendre tournure. Une grande partie du récit va se concentrer sur sa recherche de la vérité entre Paris, le Portugal et les plages d'où l'on aperçoit au loin l'Afrique. Et c'est ainsi que son destin va croiser le destin de ces deux autres femmes, amenées là où l'être humain n'est qu'une simple marchandise...

Citation

Malin. Une traite d'esclaves où l'esclave paie lui-même son voyage. Pas étonnant que ça intéresse Patrick.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 30 août 2012
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