Sale temps pour les braves

Bref, j'étais couché peinard dans le noir à essayer de comprendre le cybermonde qui ne cessait de grandir dans ma tête.
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mardi 20 novembre

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Roman - Noir

Sale temps pour les braves

Social - Prison - Urbain MAJ jeudi 19 juillet 2012

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23,4 €

Don Carpenter
Hard Fall Raining - 1964
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Céline Leroy
Paris : Cambourakis, mars 2012
348 p. ; 21 x 15 cm
ISBN 978-2-916589-89-3
Coll. "Littérature"

Fatalisme révolté

La crise américaine de 1929 est peut-être le second événement majeur dans l'histoire des États-Unis, après la guerre de Sécession, à avoir engendré une génération d'écrivains à la qualité remarquable et au génie indéniable. Don Carpenter, né au lendemain de cette crise, avec Hard Rain Falling (titre plus évocateur que Sale temps pour les braves), s'inscrit dans cette lignée des auteurs désabusés et pourtant revanchards, géniaux, à la prose évocatrice, qui savent raconter et, surtout, ont des choses à raconter.

Le roman justement raconte les tribulations de Jack Levitt dans les rues de Portland. Ce bad guy de dix-sept ans est toujours en quête d'argent la rage au cœur et la faim au ventre, mais refuse de travailler. Les petites combines et les menus larcins sont son quotidien. C'est dans une salle enfumée de jeux qu'il va croiser Billy Lancing, un jeune noir, as du billard, frimeur et téméraire, qui gagne et perd de l'argent selon qu'il croise des professionnels du snooker, de la huit et du keno. Une amitié étrange se noue car Jack hésitera souvent à l'arnaquer ou à le tabasser pour lui faire les poches. Les filles les rapprocheront, les mauvais coups les éloigneront, et la prison les réunira avant que la mort ne les sépare.
Une histoire somme toute basique et sordide mais qui prend toute son ampleur sous la plume de Don Carpenter qui n'a pas son pareil pour décrire les turpitudes de ses personnages, l'atmosphère des salles de jeux, l'univers carcéral. C'est d'ailleurs dans l'évocation de la prison de San Quentin que le roman prend toute sa dimension. L'univers sordide y est dépeint avec toute la folie autodestructrice qu'il procure. Jack restera trois mois nus dans à peine deux mètres carrés sans fenêtre à manger des portions congrues agrémentées de lessive en poudre pour qu'il se torde de douleurs et se vide les intestins en une brève mais douloureuse diarrhée.
L'auteur nous montre comment l'animal surgit derrière l'homme. L'énorme effort de maîtrise qu'il doit effectuer pour se sortir de ce cul-de-sac. À peine le temps de respirer qu'il aborde la sexualité carcérale, le besoin d'affection, d'amour. Le tout homosexuel évidemment avec la honte, le viol, la parano, les sentiments refoulés, les pactes et les passages à l'acte. C'est ainsi que Jack se retrouve dans la même cellule que Billy. Ce Billy tombé amoureux malgré lui de Jack. Amour assouvi mais jamais assumé de la part de Jack, qui finit par repousser son compagnon qui part alors dans la cour affronter son destin en un sacrifice romanesque. Billy meurt poignardé pour sauver son ami.
Cette mort marquera à jamais Jack sorti de prison. Il aura une vie presque normale avec une jolie femme. Même un enfant qu'il baptisera Billy avant que sa chance à nouveau le fuit. C'est à peine s'il pourra s'enorgueillir d'avoir survécu à sa conditionnelle. Mais, et ça ne le rassurera pas, les autres ne s'en tireront pas mieux que lui, les nantis comme les proscrits de la société.

C'est ce roman qu'ont eu la très bonne idée de publier les éditions Cambourakis, d'un auteur brillant à la destinée similaire à ses personnages, ami du grand Richard Brautigan, en peine de son suicide, et qui, perclus de douleurs et de maladies s'est tiré une balle dans la tête en 1995, abandonnant ce monde, ses lecteurs et un roman en cours d'écriture. Avec les éditions Cambourakis, c'est aussi un bel objet livre où illustrations et jaquette rivalisent pour un esthétique raffiné. Une lecture difficilement contournable, qui marque...

Citation

Il frémit de colère, pas parce que la société ne lui donnait pas l'argent dont il avait besoin ni parce qu'il s'en voulait de refuser de travailler, mais il en voulait à sa situation, au simple fait d'exister.

Rédacteur: Julien Védrenne mercredi 18 juillet 2012
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