Dérive sanglante

Mais une seconde attente inspirait le projet : le sourd espoir d'une irréductible originalité qui individualiserait un travail par rapport aux autres et inscrirait de facto ''historien du côté des 'créateurs incréés'.
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jeudi 19 juillet

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Roman - Noir

Dérive sanglante

Hard boiled MAJ vendredi 06 juillet 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 10 €

William G. Tapply
Bitch Creek - 2004
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Camille Fort-Cantoni
Paris : Gallmeister, juin 2012
302 p. ; 18 x 12 cm
ISBN 978-2-35178-520-1
Coll. "Totem", 20

Mémoire fuyante

Avec Dérive sanglante, William G. Tapply inaugure en 2004 une série de hardboiled ruraux qui demeurera malheureusement inachevée, l'auteur ayant eu la mauvaise idée de décéder cinq ans plus tard. Son héros, Stoney Calhoun, est un homme qui a perdu la mémoire lorsque la foudre lui est tombée sur la tête. Enfin, c'est la raison qu'il évoque lorsqu'il se sent en confiance. Il a longuement été soigné à l'hôpital avant d'acheter un lopin de terre dans le Maine sur le bord d'une rivière qui pullule de truites sauvages. Il y a bâti une maison de bois, et il y vit en compagnie de son chien et de sa radio, dont il ne cesse de changer la fréquence à la recherche de jazz ou de musique classique, puis s'est imposé comme guide et vendeur de matériel de pêche dans une boutique qui risque de fermer du jour au lendemain (il sera beaucoup question d'étendues, de pêche, de truites, de solitude). Il a comme maîtresse sa patronne, une femme d'1 m 80 dont un mètre de jambes, qui vit avec son mari atteint d'une sclérose en plaque. Son meilleur ami est lui aussi guide. Son meilleur ennemi vient le voir en moyenne une fois tous les deux mois en costume gris pour savoir s'il a retrouvé des pans de sa mémoire ; c'est aussi lui qui lui assure une rente mensuelle conséquente et gracieuse. Voilà un peu le background connu du garçon qui va se retrouver mêlé à une intrigue mythologique.

Un jour que la gueule de son client ne lui revient pas, il la refile à son meilleur ami qui disparait pour réapparaitre quelques jours après au fond d'un étang victime d'une noyade et d'une balle dans la peau sans que l'on sache réellement qui de la balle ou de l'eau a eu premièrement raison de lui. Bien épaulé par le shérif du coin, Stoney Calhoun en proie à ses démons inconnus (pour la plupart) enquête et se lance dans une quête introspective. L'homme à la tête qui ne lui revenait pas a lui aussi disparu mais dans la nature. Il s'était présenté sous un faux nom, et avait payé avec une carte bancaire volée. Stoney Calhoun progresse en milieu hostile. Étranger dans un Maine conservateur, il est accueilli avec beaucoup de circonspection (c'est un vilain mot bien en-deçà de la réalité) et prend peu à peu conscience qu'à une autre époque, il a été quelqu'un d'autre mais d'important. Il a en effet une mémoire eidétique, est capable de dessiner des portraits-robots comme nul autre, et est doté d'un instinct de survie qui n'a d'égal que ses réflexes. Enfin, même s'il est profondément amoureux, il est butté et intègre. Rajoutons qu'il ne dort que très peu, et qu'il est atteint d'une douce folie qui l'amène à discuter et à comprendre plus son chien que les humains qu'il côtoie. L'histoire du gars à la recherche de son passé et confronté dans le même temps à l'assassinat d'un de ses proches est ultra-classique. Mais William G. Tapply a son écriture bien à lui dans un univers bien à lui. Si l'on peut reprocher à Stoney Calhoun un certain manque de finesse intellectuelle, William G. Tapply, lui, s'ingénie à développer une intrigue forte avec suffisamment de rebondissements, de personnages, de dialogues et de descriptions prenants dans une première aventure convaincante dans une Amérique bien particulière, celle des espaces où le progrès n'a pas encore totalement percé, et où la terre et la nature ont une autre valeur, de celle que l'on a perdu aujourd'hui.


On en parle : Carnet de la Noir'Rôde n°46

Citation

Nous qui sommes censés faire respecter la loi, on sait bien que les choses sont le plus souvent ce qu'elles paraissent. On arrive le plus vite possible aux conclusions, Stoney, parce que comme ça on ne perd pas trop de temps.

Rédacteur: Julien Védrenne jeudi 28 juin 2012
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